Nouveau renforcement des contrôles douaniers sur le corridor Labé–Koundara–Sénégal ralentit le trafic transfrontalier

Le trafic routier sur l’axe Labé-Koundara-Sénégal, l’une des principales liaisons terrestres de la Guinée avec le Sénégal et la Gambie, est de nouveau perturbé, cette fois par un durcissement soudain de l’application des règles douanières plutôt que par la grève des transporteurs qui avait paralysé le même corridor plus tôt en septembre, selon AfricaGuinée.

Ce qui a changé

Les agents des douanes guinéennes ont mis fin à ce qui constituait jusque-là une tolérance informelle envers les cargaisons transportées par les taxis collectifs. Les véhicules transportant des marchandises sur leur toit, pratique courante pour les taxis de passagers sur cet itinéraire, doivent désormais faire décharger, inspecter, évaluer et enregistrer par reçu chaque chargement avant d’être autorisés à traverser, selon AfricaGuinée. Auparavant, les taxis passaient après un simple contrôle d’identité et une inspection sommaire. Plus de quarante taxis auraient ainsi été immobilisés dans des files d’attente, l’article soulignant que les femmes, les enfants et les personnes âgées voyageant sans être propriétaires des biens transportés supportent l’essentiel des retards et des coûts qui en découlent.

Le mécanisme

Les agents des douanes cités dans le reportage présentent ce changement comme la fin d’une mesure temporaire d’assouplissement, et non comme une nouvelle règle : la législation sur le transport de marchandises est désormais appliquée « sans exception ». Cette formulation est importante, car elle laisse entendre que ce durcissement relève d’une décision administrative discrétionnaire plutôt que d’un changement de loi, ce qui le rendrait plus facile à annuler, mais aussi plus facile à rétablir sans préavis officiel.

Le contexte : un corridor déjà sous tension

Cela fait suite à une autre perturbation, antérieure, sur le même axe. Les chauffeurs desservant la ligne Labé-Sénégal-Gambie ont entamé une grève illimitée à partir du 3 septembre 2026 pour protester contre la multiplication des postes de contrôle — environ quinze points de contrôle auraient été recensés entre Labé et les frontières sénégalaise et gambienne — ainsi que contre les paiements exigés à chacun d’eux, selon Guinéenews et Guineematin. Les chauffeurs ont indiqué que certains postes douaniers facturaient jusqu’à 400 000 francs guinéens pour un seul bagage, et ont comparé défavorablement cet itinéraire au passage de Kouremalé vers le Mali, qui, selon eux, ne compte qu’un seul point de contrôle. Les discussions organisées à Koundara le 7 septembre n’ont pas permis d’aboutir immédiatement à une solution. Le trafic a repris autour du 16 septembre après une médiation impliquant le syndicat des chauffeurs, selon Mediaguinée, avant que le nouveau renforcement des contrôles douaniers ne crée un nouvel engorgement dès le lendemain.

Les acteurs

Le différend implique des représentants syndicaux du transport à Labé et Koundara, les douanes guinéennes, la police et les unités de gendarmerie déployées le long du corridor, ainsi que les passagers et petits commerçants qui dépendent de cet axe pour leurs déplacements transfrontaliers et leur activité commerciale. Aucune autorité sénégalaise ou gambienne n’est signalée comme partie prenante à la friction actuelle, qui semble se limiter au côté guinéen de la frontière.

L’enjeu

La Guinée a passé le mois de septembre à signer ou faire avancer plusieurs engagements majeurs en matière d’infrastructures et de financement, notamment un ensemble de prêts de 269,5 millions de dollars de la BIDC et un projet de corridor de bauxite proposé de plus de 3 milliards de dollars. Le fait qu’un corridor terrestre reliant Labé à deux marchés voisins se grippe d’abord à cause des frais prélevés aux postes de contrôle puis à cause des procédures douanières, dans le même intervalle de deux semaines, met en lumière l’écart entre les annonces d’investissements très médiatisées et le fonctionnement des infrastructures commerciales existantes de la Guinée, moins visibles mais essentielles. Pour les petits commerçants et les transporteurs, l’imprévisibilité procédurale sur les routes qu’ils empruntent chaque jour pèse plus immédiatement que les annonces concernant des ports ou des chemins de fer dont l’achèvement reste encore à plusieurs années.

Ce qui reste incertain

Il n’est pas encore clair si la nouvelle exigence d’inspection est destinée à devenir un changement durable de politique ou si elle constitue une réponse temporaire à la grève précédente, ni si elle a été coordonnée avec les syndicats de transport ayant facilité la reprise du 16 septembre, ou communiquée à eux à l’avance. Aucune déclaration gouvernementale expliquant le calendrier ou la logique de ce durcissement de l’application des règles n’a été signalée. Le point à surveiller désormais est de savoir si les deux parties parviendront à un nouvel arrangement, ou si cette situation déclenchera un deuxième arrêt de travail.