La convergence de signaux négatifs sur la récolte 2026/27 et les effets de la crise du Détroit pousse les cours au-delà de 4 100 dollars la tonne.
Les contrats à terme sur le cacao ont atteint leur plus haut niveau depuis trois mois le 6 mai 2026, progressant de plus de 5% en séance à New York et Londres. Le cours s’est établi au-dessus de 4 100 dollars la tonne, porté par un triple signal négatif sur l’offre.
Le premier signal vient des premières enquêtes de récolte pour la campagne 2026/27 en Afrique de l’Ouest. Elles indiquent une formation de cherelles en dessous de la normale sur les arbres à cacao. La cherelle est le petit fruit en développement dont la survie détermine le volume final de la récolte principale, qui commence en octobre. Un indicateur précoce faible à ce stade de la saison est un avertissement sérieux pour les acheteurs et les transformateurs.
Le second signal est climatique. Le moniteur des inondations et des sécheresses africaines enregistrait au 29 mars des conditions de sécheresse couvrant environ deux tiers du Ghana et plus de la moitié de la Côte d’Ivoire. Ces deux pays représentent ensemble plus de 60% de la production mondiale. Des pluies insuffisantes à ce stade critique du développement de la mi-récolte alimentent les craintes sur les rendements.
Le troisième facteur est géopolitique. La fermeture du Détroit d’Ormuz continue de peser sur les coûts de fret maritime mondial et sur les approvisionnements en engrais. Les agriculteurs ivoiriens signalent déjà des difficultés à sécuriser leurs intrants à des prix accessibles. Un renchérissement des engrais en milieu de campagne peut directement affecter la qualité et le volume de la prochaine récolte principale.
La société de recherche StoneX a révisé à la baisse ses prévisions de surplus mondial. Pour 2026/27, elle projette désormais un surplus de 149 000 tonnes, contre 267 000 en janvier. Pour 2025/26, l’estimation est réduite à 247 000 tonnes contre 287 000. Ces chiffres signalent un marché plus serré que prévu, et une marge de sécurité sur les stocks plus faible qu’anticipé.
Pourquoi ce signal compte pour l’Afrique de l’Ouest ? Parce que la Côte d’Ivoire et le Ghana restent les deux piliers de l’économie cacaoyère mondiale. Une mauvaise récolte 2026/27 affecte directement les revenus d’exportation, les recettes fiscales et les revenus des millions de producteurs des deux pays. Les répercussions sur les équilibres budgétaires ivoirien et ghanéen peuvent être significatives.
La demande reste divisée. Les broyages européens et nord-américains continuent de reculer. Les broyages asiatiques ont en revanche progressé de 5,2% au premier trimestre, battant les attentes. La demande se déplace géographiquement sans s’effondrer globalement.
Les semaines qui viennent seront décisives pour la formation du cours. Si les conditions de sécheresse persistent en Côte d’Ivoire et au Ghana, le marché pourrait anticiper une quatrième année consécutive de tensions sur l’offre. Les négociants et les transformateurs qui n’ont pas encore couvert leur approvisionnement 2026/27 feront face à une fenêtre de décision courte.