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Ce qui s’est ouvert le 15 juin
Le 15 juin 2026, la ministre de l’Économie, des Finances et du Budget a officiellement lancé à Conakry une série de séances de travail de haut niveau avec une mission d’experts du FMI. Introduite par Wautabouna Ouattara, administrateur de la Guinée auprès du FMI, la délégation engage des discussions approfondies avec les autorités guinéennes et les hauts cadres du Pool économique et financier, couvrant les ministères de l’Économie, des Finances, du Budget, du Plan et la Banque centrale. Ces échanges gravitent autour des consultations au titre de l’Article IV et visent la conclusion d’un programme économique et financier formel, co-construit entre les deux parties. Le lendemain, le Premier ministre Amadou Oury Bah a reçu à la Primature la délégation conduite par Papa Ndiaye, Directeur adjoint du Département Afrique du FMI, et Izabela Karpowicz, cheffe de mission pour la Guinée. La mission séjourne deux semaines à Conakry. Son objectif déclaré est de poser les bases d’un nouvel accord économique et financier qui s’inscrit dans le cadre du programme Simandou 2040. La configuration politique mérite d’être lue dans son contexte calendaire : la mission arrive onze jours après la proclamation des résultats provisoires des élections du 31 mai, contestés par sept partis devant la Cour suprême.
Des instruments d’urgence vers un programme structurel
La trajectoire du partenariat Guinée-FMI depuis 2021 est structurée autour d’une succession d’instruments d’urgence plutôt que d’un programme de réforme complet. Depuis septembre 2021, le partenariat s’est concentré sur la stabilisation macroéconomique face à une succession de chocs. La Facilité de crédit rapide de mai 2024 a permis un décaissement de 71 millions de dollars pour répondre aux besoins urgents consécutifs à l’explosion du dépôt de carburant de Conakry. Ces instruments d’urgence n’imposent pas la conditionnalité structurelle, la surveillance trimestrielle et les revues publiques qui définissent la Facilité élargie de crédit. En février 2025, le FMI avait posé trois conditions préalables : la mise en oeuvre du prix de référence de la bauxite, l’établissement d’un calendrier pour le recouvrement des arriérés fiscaux, et la gestion efficace des dépenses. La mission de juin 2026 intervient après que ces conditions ont été au moins partiellement adressées. Aux Réunions de printemps d’avril 2026, les discussions du dossier guinéen ont abouti à une notation souveraine de B-plus avec perspectives positives, le programme Simandou 2040 étant présenté comme ancre structurelle.
Ce qu’un programme formel change concrètement
Un programme FMI formel produirait plusieurs conséquences précises pour l’architecture d’investissement de la Guinée. La première est le signal de crédibilité : une Facilité élargie de crédit impose des revues trimestrielles, des rapports publiés et un cadre de conditionnalité public que les banques multilatérales de développement et les investisseurs en obligations souveraines traitent comme un mécanisme de réduction du risque. Pour la Guinée, qui gère simultanément la capitalisation du fonds souverain Simandou 2040, le pipeline de quatre raffineries d’alumine, et les financements EBID et VINCI, l’accès à ce signal importe à la marge pour chacune de ces transactions. La deuxième conséquence est l’accès au financement direct : un programme formel débloque les décaissements du FMI et catalyse le soutien parallèle de la Banque mondiale, de la BAD et des créanciers bilatéraux qui conditionnent leur propre engagement à la conformité avec le programme.
Le cadrage Simandou 2040 et ce qu’il signale
L’objectif déclaré est de conclure un accord aligné avec le programme Simandou 2040. Ce langage n’est pas la formulation standard du FMI, habituellement centré sur la consolidation fiscale et la soutenabilité de la balance des paiements. Cadrer le programme autour de Simandou 2040 signale que les deux parties comprennent cette négociation comme un cadre pour gérer une manne de ressources d’une échelle inédite pour la Guinée, dans des conditions de gouvernance encore en consolidation. L’expérience institutionnelle du FMI avec les mannes de ressources en Afrique subsaharienne donne au Fonds une expertise précise dans l’architecture de conditionnalité que la situation guinéenne requiert : gouvernance du fonds souverain, transparence des revenus des ressources, conformité à l’ITIE, et règles budgétaires qui empêchent les booms de produire des crises de dette. Les discussions sur la conditionnalité couvriront un terrain sensible : améliorations de gouvernance dans un contexte où 40 partis ont été dissous en mars 2026, tarification de référence de la bauxite qui affecte directement les remises des opérateurs chinois à l’État guinéen, et points de référence de la gestion des dépenses devant accommoder un programme d’investissement public sans précédent. Le fait que le FMI ait envoyé une délégation conduite par un Directeur adjoint du Département Afrique signale le poids institutionnel accordé à cet accord.