L’Union africaine lancera à Maurice, le 5 octobre, son agence continentale de notation de crédit, longtemps planifiée, selon Paul Sikazwe, conseiller technique sur la dette auprès de la Commission de l’UA, qui s’exprimait cette semaine lors d’une conférence sur la dette et le développement à Nairobi organisée par le groupe de campagne AfroDad. L’agence, en développement depuis 2017 dans le cadre du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP), vise à offrir aux États souverains africains une alternative aux notations de Moody’s, S&P Global et Fitch, les trois entreprises qui dominent actuellement le secteur.
L’Agence africaine de notation de crédit (AfCRA) est structurée comme une institution indépendante dirigée par le secteur privé, sans participation de l’État, une conception qui, selon les responsables du MAEP, doit la protéger des pressions politiques et donner aux investisseurs confiance dans son indépendance. Elle proposera des notations de crédit souveraines et d’entreprises, en commençant par la dette en monnaie locale avant de s’étendre aux obligations souveraines en devises étrangères.
L’argument en faveur d’une agence locale repose sur un grief de longue date des ministères africains des finances : les principales agences de notation appliqueraient une méthodologie conservatrice qui surestime systématiquement le risque politique et économique sur le continent, gonflant les coûts d’emprunt. Une étude du MAEP, s’appuyant sur une analyse du PNUD, évalue le coût qui en résulte pour l’Afrique à environ 74 à 75 milliards de dollars par an en surcoûts d’emprunt et en financements perdus. Des responsables de l’UA ont par ailleurs soutenu qu’une amélioration d’un cran de notation pourrait débloquer plus de 15 milliards de dollars de financements supplémentaires à l’échelle du continent, même si ce chiffre provient de l’UA elle-même plutôt que d’un audit indépendant.
Les agences mondiales de notation rejettent l’accusation de biais, affirmant que leur méthodologie est appliquée de manière cohérente dans le monde entier. L’abaissement par Moody’s de la perspective du Kenya plus tôt cette année, que l’UA a critiqué comme incohérent, est l’un des différends précis que les partisans d’AfCRA citent comme preuve du bien-fondé de la nouvelle agence.
La date de lancement a déjà été repoussée auparavant. Des informations publiées il y a environ un mois situaient le lancement autour du 6 octobre ; la déclaration de l’UA cette semaine précise plutôt le 5 octobre. La pression de la dette à travers le continent donne du poids à ce calendrier, quelle que soit la date exacte : la Zambie, le Ghana et l’Éthiopie ont tous fait défaut sur leur dette souveraine ces dernières années, et l’UA promeut simultanément une approche commune plus large de la dette parmi ses 54 États membres, y compris des projets d’Institut monétaire africain.
Pour le public de TMG, l’essentiel n’est pas la cérémonie de lancement, mais de savoir si AfCRA modifie réellement les coûts d’emprunt. Une structure dirigée par le secteur privé, sans participation de l’État, est conçue pour être crédible auprès des investisseurs, et pas seulement des gouvernements africains, ce qui constitue l’épreuve la plus difficile. La question de savoir si les investisseurs internationaux commenceront à fixer les prix en fonction des notations d’AfCRA, au lieu de les traiter comme une référence parallèle réservée à l’Afrique, déterminera si cela modifie le coût du capital ou ajoute simplement un second avis que le marché peut ignorer.
Points à surveiller ensuite : si la date du 5 octobre est maintenue, quels États souverains AfCRA notera en premier et comment ces notations se compareront aux évaluations des acteurs en place, et si une institution de financement du développement ou un émetteur d’obligations s’engagera à faire référence aux notations d’AfCRA dans la tarification ou les clauses contractuelles.