Le 9 juin, l’Alliance Nationale pour le Changement (ANC), principal parti d’opposition togolais dirigé par Jean-Pierre Fabre, a publié un communiqué appelant le gouvernement à prendre des mesures urgentes pour éviter une crise humanitaire de grande ampleur dans la région des Savanes. L’alerte n’est pas une évaluation propre à l’ANC. Elle relaie un avertissement du PAM, publié fin mai et repris par RFI, indiquant que plus de 330 000 Togolais pourraient faire face à une insécurité alimentaire aiguë dans les prochains mois sans assistance humanitaire urgente.
La région des Savanes est la zone la plus septentrionale du Togo et la plus structurellement exposée. Un taux de pauvreté multidimensionnelle estimé à 92,3% selon les données des Nations Unies en 2025 en fait l’une des zones les plus défavorisées d’Afrique de l’Ouest. La région est sous état d’urgence sécuritaire depuis juin 2022, prorogé quatre fois, la dernière jusqu’en mars 2026, en raison d’attaques persistantes de groupes armés dont le JNIM, actif dans la zone depuis novembre 2021. La situation sécuritaire perturbe la production agricole, limite les déplacements et restreint l’accès humanitaire. Des réfugiés en provenance du Burkina Faso arrivent dans les Savanes depuis fin 2021, ajoutant une pression sur des marchés alimentaires déjà fragiles.
Le communiqué de l’ANC cadre la réponse du gouvernement comme insuffisante sur deux fronts. D’abord, Lomé est resté silencieux face à l’alerte du PAM. Ensuite, le parti pointe des contre-performances dans la mise en oeuvre des réformes communautaires de l’UEMOA, documentées dans la 11ème revue annuelle des réformes de l’organisation en 2025, comme une défaillance de gouvernance qui aggrave les tendances de pauvreté au niveau national. Le Togo s’est classé 127ème au World Happiness Report 2025. Le taux de pauvreté monétaire national s’établit à 47%.
Le cadrage politique compte mais ne doit pas occulter le signal structurel. La situation des Savanes s’inscrit dans une progression documentée vers le sud de la crise alimentaire et sécuritaire sahélienne. Le Burkina Faso, le Niger et le Mali ont tous vu les déplacements liés aux conflits pousser des populations vers les pays côtiers. Au Togo, les communautés du nord absorbent cette pression tout en faisant face à leurs propres perturbations sécuritaires et contraintes de production alimentaire. Le PAM a intensifié son assistance en cash dans les Savanes, ciblant 52 000 personnes, avec un soutien nutritionnel pour les femmes enceintes et allaitantes. L’écart entre cette échelle d’intervention et un chiffre d’exposition de 330 000 personnes est le chiffre qui mérite attention.
Ce qu’il faut suivre :
si le gouvernement togolais répond publiquement à l’alerte du PAM avant que la période de soudure ne s’intensifie, et si les lacunes dans la mise en oeuvre des réformes UEMOA pointées par l’ANC font l’objet d’un suivi institutionnel. Les Savanes ne sont pas un cas isolé. C’est un indicateur avancé de ce que ressemble la dérive vers le sud de l’instabilité sahélienne quand elle atteint un pays sans le tampon de revenus pétroliers ou miniers significatifs.