Le gouvernement de la Côte d’Ivoire associe la croissance à l’augmentation des dépenses sociales

L’agence de communication du gouvernement de la Côte d’Ivoire (CICG) a publié lundi une synthèse présentant une série d’investissements sociaux récents — une route reliant les régions de la Marahoué et du Gbêkê, un projet d’accès à l’eau dans le village de Mamadouvogo, 42 milliards de FCFA pour 4 300 logements subventionnés, et une distribution de 50 tonnes de riz aux détenus et aux groupes vulnérables — comme la preuve que les performances économiques du pays financent directement l’amélioration du bien-être des citoyens. Cette présentation s’appuie sur l’allocution à la nation du président Alassane Ouattara du 6 août, dans laquelle il a décrit l’économie comme dynamique et parmi celles connaissant la croissance la plus rapide de la région et du monde.

L’affirmation sous-jacente de croissance résiste à l’examen des données indépendantes. La Banque mondiale prévoit un rebond de la croissance de la Côte d’Ivoire à 6,2 % en 2025, puis une moyenne de 6,4 % sur la période 2026-2027, et le FMI a débloqué 839,7 millions de dollars en décembre 2025 après sa cinquième revue des accords du pays au titre de la Facilité élargie de crédit et du Mécanisme élargi de crédit, ainsi que d’une Facilité pour la résilience et la durabilité distincte. Ce que le communiqué du CICG ne démontre pas, en revanche, c’est le lien de causalité qu’il affirme. Les projets mentionnés sont chacun bien réels, mais disparates par leur ampleur et leur origine — une subvention au logement, le raccordement à l’eau d’un seul village, une route régionale, un don ponctuel de riz — et les regrouper sous un seul récit de croissance relève d’un cadrage politique plutôt que d’une affirmation vérifiée sur la part de l’allocation sociale du budget 2026 qui découle réellement d’une croissance plus forte, par opposition à la poursuite des financements des bailleurs et des programmes du FMI.

Cela importe parce que les propres contraintes budgétaires de la Côte d’Ivoire sont bien documentées par ailleurs. Les recettes fiscales représentaient 14,4 % du PIB en 2024, toujours en dessous du seuil de convergence de 20 % de l’UEMOA, ce qui signifie que la capacité du gouvernement à financer durablement les dépenses sociales dépend moins de la croissance du PIB elle-même que de la capacité de la mobilisation des recettes intérieures à combler cet écart. Le Plan national de développement 2026-2030 récemment lancé fixe des objectifs explicites qui rendent cette tension visible : réduire de moitié la pauvreté à moins de 20 % d’ici 2030, porter le revenu par habitant à 4 000 dollars, et relever le taux d’investissement à 34,5 % du PIB, financé par un plan qui suppose 175 milliards d’euros d’investissement total, dont la majeure partie privée. Dans ce contexte, une semaine de petits projets sociaux annoncés par le gouvernement constitue un signe de mise en œuvre politique des premières étapes du PND, et non la preuve que la croissance finance désormais d’elle-même les gains de bien-être décrits par le gouvernement.

Ce que TMG devrait surveiller : si les rapports d’exécution budgétaire de 2026, une fois publiés, montrent une hausse des dépenses des secteurs sociaux (santé, éducation, eau, logement) en part des dépenses totales, plutôt qu’une succession de projets annoncés séparément ; comment le ratio recettes fiscales/PIB évolue vers le seuil de 20 % de l’UEMOA, puisque c’est là la véritable contrainte qui pèse sur une croissance durable des dépenses sociales ; et si les prochaines revues des programmes du FMI mentionnent ces investissements sociaux comme compatibles avec les objectifs budgétaires ou les signalent comme une source de pression sur les dépenses. D’ici là, il s’agit d’un message gouvernemental à relever, et non d’une tendance budgétaire confirmée de manière indépendante.