La Commission de la CEDEAO a tenu à Abuja, du 4 au 6 août 2026, un Forum régional de trois jours sur le développement de l’industrie automobile, sous la conduite de sa Direction du secteur privé et de l’industrie. L’objectif était d’évaluer la mise en œuvre du Cadre de politique régionale de l’automobile, adopté il y a plus de dix ans et largement resté lettre morte dans la plupart des États membres.
Les chiffres présentés par la Commission illustrent l’ampleur de l’écart. La région compte sept usines d’assemblage de véhicules opérant au niveau SKD (Semi-Knocked Down), avec une capacité installée cumulée dépassant 100 000 véhicules par an. La production réelle reste inférieure à 10 000 unités par an, soit un taux d’utilisation des capacités de moins de 10 %. Pendant ce temps, l’Afrique de l’Ouest importe plus de 450 000 véhicules par an, principalement des véhicules d’occasion ou issus d’importations parallèles. Seuls le Nigeria, et dans une moindre mesure le Ghana, la Côte d’Ivoire et le Sénégal, ont enregistré des progrès mesurables dans la mise en œuvre du cadre. L’objectif fixé pour 2028 est de 50 000 véhicules assemblés localement par an.
La seule annonce concrète est venue du Nigeria. Le ministre d’État à l’Industrie, au Commerce et à l’Investissement, John Owan Enoh, s’est engagé à ouvrir les trois laboratoires nationaux d’essais automobiles du pays (Enugu, Lagos, Zaria) ainsi que ses 22 centres de formation en mécatronique aux autres États membres, en tant que centres régionaux d’excellence pour l’homologation des véhicules et les essais de qualité.
Lecture
Le forum met en lumière un écart persistant entre les ambitions industrielles affichées de la région et la réalité de sa base manufacturière. Un taux d’utilisation inférieur à 10 % montre que le problème n’est pas simplement un manque d’usines, mais l’incapacité à faire fonctionner celles qui existent à un niveau proche de leur capacité. La domination des importations de véhicules d’occasion — plus de 450 000 unités par an contre moins de 10 000 véhicules assemblés localement — révèle l’existence d’un marché parallèle profondément enraciné que le cadre politique n’a pas réussi à entamer au cours de la décennie écoulée depuis son adoption.
Implication
L’offre du Nigeria d’ouvrir ses infrastructures d’essai et de formation aux autres États membres constitue, pour l’instant, le seul résultat tangible du forum. Si elle se concrétise, elle pourrait réduire le coût d’entrée pour les assembleurs dans le reste de la région et poser les premiers jalons de véritables chaînes de valeur régionales, plutôt que de voir chaque pays dupliquer ses propres infrastructures. Mais le forum n’a annoncé ni calendrier contraignant ni mécanisme de financement pour les mesures évoquées. Toute initiative visant à restreindre les importations de véhicules d’occasion pour protéger l’assemblage local se heurterait également à une question sociale sensible, puisque ces importations répondent aux besoins des consommateurs à faibles revenus.
Projection
Points à surveiller : si la CEDEAO transforme ces annonces en mesures contraignantes (normes harmonisées, action coordonnée sur les importations de véhicules d’occasion) plutôt qu’en un nouveau simple communiqué de forum ; si l’engagement du Nigeria sur les laboratoires d’essais se traduit par une utilisation effective par des assembleurs ghanéens, ivoiriens ou sénégalais ; et si l’objectif de 2028 de 50 000 véhicules assemblés localement par an, soit encore moins de la moitié de la capacité installée actuelle, est atteignable au regard du bilan de mise en œuvre du cadre au cours de la dernière décennie.