Le Mali, le Burkina Faso et le Niger, les trois États formant l’Alliance des États du Sahel, ont franchi la première étape formelle de leur candidature conjointe pour accueillir la Coupe d’Afrique des Nations 2032. Le président de la CAF, Patrice Motsepe, a rencontré à New York le 18 juillet des responsables du football des trois pays, le colonel Oumarou Sawadogo pour le Burkina Faso, Mahazou Cissé pour le Mali et Issaka Adamou pour le Niger, aux côtés d’un membre du Conseil de la FIFA, et a confirmé l’éligibilité de la candidature à poursuivre le processus. À ce stade, franchir ce premier cap signifie uniquement que le dossier de candidature remplissait les exigences minimales de dépôt. Cela ne constitue ni une attribution de l’organisation, ni un aval technique, ni une garantie d’avancement.
Une candidature à portée stratégique au-delà du football
La candidature conjointe à la CAN n’est pas uniquement le fruit d’un calcul sportif. Une lecture possible, parmi d’autres, est que pour un bloc qui a connu des frictions diplomatiques avec la CEDEAO et une suspension des institutions régionales, l’obtention de l’accueil de la compétition aurait une portée symbolique en tant que démonstration d’une action collective fonctionnelle et engagée à l’international, une lecture qui s’inscrit parallèlement aux discussions en cours sur la normalisation des relations entre l’AES et la CEDEAO. Il s’agit d’une interprétation de la valeur politique de la candidature, et non d’un motif déclaré des trois gouvernements, et elle doit être lue comme telle.
Quelle que soit sa portée, ce symbolisme ne doit pas être confondu avec une capacité opérationnelle réelle. Les trois pays font collectivement face à des lacunes en matière d’infrastructures dans les domaines que la CAF évalue le plus rigoureusement : capacité et conformité des stades, capacité des aéroports, offre hôtelière, connectivité des transports et garanties de sécurité pour les délégations participantes et les spectateurs.
Base infrastructurelle : un déficit structurel qui ne peut être masqué
Les exigences de la CAF en matière d’accueil sont détaillées et contraignantes : un nombre minimum de stades et d’installations d’entraînement conformes, des dispositifs de sécurité vérifiables et des infrastructures logistiques capables d’absorber des dizaines de milliers de visiteurs pendant un tournoi de plusieurs semaines.
Aucun des trois États de l’AES ne répond actuellement à ces critères de manière indépendante. Le stade du 26 Mars de Bamako reste l’installation la plus développée du bloc, mais il demeure en deçà des standards renforcés de la CAF pour un tournoi de cette envergure. Ouagadougou et Niamey présentent des insuffisances plus importantes. Une candidature conjointe permet théoriquement aux trois pays de mutualiser les infrastructures au-delà des frontières, mais la logistique transfrontalière au Sahel, compte tenu des préoccupations sécuritaires actives dans certaines parties des trois territoires, ajoute une complexité opérationnelle que les évaluateurs de la CAF examineront de près.
L’échéance de 2032 laisse environ six ans pour remédier à la situation, ce qui n’est pas négligeable, mais le développement d’infrastructures à cette échelle exige un financement soutenu, une gouvernance stable et des chaînes d’exécution fiables, dont aucune n’est actuellement garantie.
Financement et capacité institutionnelle : le cœur non résolu
Au-delà des infrastructures physiques, l’évaluation de la CAF porte aussi sur la capacité institutionnelle : l’aptitude d’un comité d’organisation à gérer les accréditations, les droits de diffusion, la billetterie, les services médicaux et la coordination de la sécurité à l’échelle d’un tournoi. Les États de l’AES ont une expérience limitée dans l’accueil d’événements sportifs continentaux de cette ampleur.
Le financement constitue la contrainte la plus immédiate. La construction de stades, la modernisation des aéroports et les infrastructures d’accueil requièrent des capitaux que les trois gouvernements ne peuvent vraisemblablement pas financer seuls. Les financements extérieurs, qu’ils proviennent de partenaires bilatéraux, d’institutions de financement du développement ou d’investisseurs privés, seront conditionnés par la stabilité politique et la crédibilité de la gouvernance, des facteurs liés à l’évolution du processus de réconciliation AES-CEDEAO actuellement en cours.
Ce que signifie réellement le franchissement de la première étape
La confirmation de l’éligibilité initiale est une étape procédurale, et non un aval de fond. Elle indique que la documentation de candidature était formellement complète et que les États candidats restent des membres de la CAF en règle. Les phases les plus déterminantes, inspections techniques, audits d’infrastructure et évaluations sécuritaires, restent à venir. Pour la CAF, l’acceptation de la candidature dans le processus reflète la pratique établie de la confédération consistant à dissocier la gouvernance sportive de la conditionnalité politique.
Perspectives : ce qu’il faudra surveiller
La crédibilité de la candidature sera mise à l’épreuve sur plusieurs fronts : le rythme et le financement du développement des infrastructures dans les trois pays ; l’évolution des relations entre l’AES et la CEDEAO, qui influencera l’accès aux financements et à la coopération internationale ; et les cycles d’inspection technique de la CAF, qui fourniront l’indication indépendante la plus claire quant au fait de savoir si la candidature conjointe est viable sur le plan opérationnel ou essentiellement symbolique. L’organisation conjointe a des précédents dans le football africain, mais elle a historiquement exigé des cadres de coordination que le bloc AES n’a pas encore démontré à une échelle opérationnelle.