La plus importante émission obligataire jamais réalisée par Afreximbank lève 1,5 milliard de dollars américains

Afreximbank a fixé le prix d’un euro-obligataire à double tranche de 1,5 milliard de dollars le 28 juillet, sa première obligation publique en dollars américains depuis juillet 2021 et la plus importante qu’elle ait jamais émise. L’opération a été scindée en deux tranches de 750 millions de dollars chacune, l’une à 5,5 ans arrivant à échéance en janvier 2032, l’autre à 10 ans arrivant à échéance en juillet 2036. Le carnet d’ordres a culminé à 3,8 milliards de dollars, soit plus de 2,5 fois le montant vendu, avec une demande provenant du Royaume-Uni, d’Europe, d’Asie et des États-Unis.

L’ampleur de cette demande ne prend tout son sens qu’au regard de ce qui l’a précédée. En janvier, Afreximbank a mis fin à sa relation de notation avec Fitch, qui a réagi en abaissant la note de la banque de BBB-, le dernier échelon de la catégorie investissement, à BB+, en territoire spéculatif, puis en retirant purement et simplement ses notations. Une partie du différend porte sur la question de savoir si Afreximbank bénéficie d’un « statut de créancier privilégié », la protection qui l’exempterait de subir des pertes sur des prêts souverains en défaut, notamment envers le Ghana et la Zambie. La décision de Fitch a poussé les rendements des obligations existantes d’Afreximbank échéant en 2031 à 6,3 %, et n’a laissé à la banque qu’une seule grande agence occidentale, Moody’s, qui la note Baa2, aux côtés des agences asiatiques GCR, CCXI et JCR.

Une obligation de référence en dollars, sursouscrite 2,5 fois pour l’émission la plus importante jamais réalisée par la banque, donne à penser que les investisseurs obligataires évaluent Afreximbank selon leur propre lecture de sa qualité de crédit plutôt que selon celle de Fitch. Cela suit le même schéma que le prêt syndiqué de mars, lancé à 1,5 milliard de dollars puis porté à 2 milliards face à une demande comparable. Deux levées de fonds importantes et sursouscrites la même année où une grande agence a dégradé la banque constituent un schéma précis et vérifiable, non un résultat isolé.

Ces capitaux importent pour ce qu’Afreximbank en fait. La banque a décaissé 17,5 milliards de dollars de financement du commerce en 2024 et vise 40 milliards de dollars par an, face à un déficit continental de financement du commerce que le Rapport 2025 sur le financement du commerce de la BAD a estimé entre 74 et 92 milliards de dollars en 2024, avec une projection à 86,6 milliards de dollars dans un scénario modéré ou à 95,6-102,6 milliards de dollars dans un scénario sévère d’ici 2027. Le coût propre du capital d’Afreximbank détermine le taux auquel elle peut accorder ce financement aux emprunteurs africains, y compris via les corridors commerciaux liés à la ZLECAf qu’elle s’est positionnée pour servir. Un bilan plus important et moins coûteux élargit ce qu’elle peut soutenir ; un bilan plus coûteux l’aurait restreint.

Ce qu’il faut surveiller, c’est le coupon et l’écart de rendement des nouvelles obligations, pas encore divulgués, mesurés par rapport au rendement de 6,3 % que le marché exige des titres de dette d’Afreximbank échéant en 2031 depuis la dégradation. Une tarification nettement inférieure à ce niveau signifierait que les investisseurs n’exigent qu’une faible prime pour le différend sur les notations. Une tarification proche de ce niveau signifierait que le marché continue de l’exiger, tout en continuant à acheter la dette.