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L’arrêté et ce qu’il a déclenché
Le 23 juin 2026, le ministre de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation, le Général Ibrahima Khalil Condé, a signé l’Arrêté A/2026/407/MATD/SGG convoquant les sessions inaugurales de l’ensemble des conseils communaux de la République de Guinée simultanément le 2 juillet 2026 à 9 heures, au siège de chaque commune. Le paragraphe opératif de l’arrêté était précis et restrictif : la session inaugurale était exclusivement consacrée à l’installation officielle du conseil communal, à l’élection du maire et à l’élection des maires adjoints. Aucune autre question ne pouvait être inscrite à l’ordre du jour. La session devait être présidée par les représentants de l’État dans leurs circonscriptions respectives, le gouverneur de la ville de Conakry ou son représentant, le préfet ou son représentant, et le sous-préfet ou son représentant. La procédure électorale était également précisée : le maire et les maires adjoints sont élus par le conseil communal au scrutin uninominal secret et à la majorité absolue des membres du conseil. Si aucun candidat n’obtient la majorité absolue au premier tour, il est procédé à un second tour au cours duquel la majorité relative suffit. En cas d’égalité des voix, la femme candidate est élue, ou à défaut le candidat le plus jeune. Le ministre a également adressé une lettre circulaire aux gouverneurs de régions, préfets et sous-préfets précisant une dizaine de mesures pratiques pour prévenir les difficultés rencontrées lors des cycles électoraux précédents.
Ce que le processus du 2 au 4 juillet a produit
Du 2 au 4 juillet 2026, les conseils communaux ont été installés dans les 375 communes du pays, avec l’élection des maires et des vice-maires. Au total, 8 753 conseillers communaux, 375 maires et 1 149 vice-maires ont été installés, mettant ainsi fin aux missions des délégations spéciales. La fenêtre de trois jours pour achever les installations dans 375 communes reflète l’ampleur de l’opération logistique : sessions inaugurales simultanées dans chaque commune du pays, nécessitant chacune un représentant territorial de l’État, une vérification du quorum, un scrutin secret pour le poste de maire et chaque poste de maire adjoint, et la transmission formelle du drapeau national et du cachet officiel de la commune au maire élu avant l’allocution d’investiture. La déclaration du nouveau maire de Gbessia après son élection, « MAD, c’est GMD », illustre la façon dont le processus d’installation communale a immédiatement commencé à exprimer la même géographie politique que le scrutin législatif du 31 mai avait produit.
Les délégations spéciales et ce que leur fin signifie
Le ministre Condé a estimé que cette étape marque le retour des organes élus à la tête des collectivités locales, conformément aux textes en vigueur. Il a rappelé que ce mécanisme reste prévu par la loi et pourra être réactivé si des collectivités connaissent de graves difficultés de gestion. « Le Gouvernement n’hésitera pas à faire usage de cette prérogative pour pallier d’éventuelles défaillances de gestion, restaurer l’ordre budgétaire ou remédier à l’inconduite notoire d’élus locaux », a-t-il déclaré. Les délégations spéciales que le processus du 2 au 4 juillet a remplacées étaient des organes nommés, pas élus. Leur remplacement par des conseils communaux élus est institutionnellement significatif pour deux raisons qui opèrent simultanément. La première est la légitimité : une commune administrée par un conseil élu a une redevabilité politique différente envers sa population que celle administrée par une délégation nommée par le préfet. La seconde est l’avertissement du ministre : la réservation explicite par le gouvernement du droit de réactiver les délégations spéciales en cas de défaillance de gestion n’est pas une formulation de courtoisie. C’est le signal d’exécution que l’installation des maires du 2 juillet produit des obligations de redevabilité ayant des conséquences légales si elles ne sont pas respectées.
L’architecture de la transition et ce que cette étape complète
L’installation des conseils communaux du 2 au 4 juillet est la dernière étape de la séquence institutionnelle que le gouvernement Doumbouya a présentée comme le retour structuré à l’ordre constitutionnel depuis le coup d’État de septembre 2021. La séquence a été : référendum constitutionnel de septembre 2025, élection présidentielle de décembre 2025, élections législatives et communales du 31 mai 2026, validation par la Cour suprême du 19 juin, installation des conseils communaux du 2 au 4 juillet. La séquence en cinq étapes est désormais complète. La Guinée dispose d’un président élu au suffrage universel direct, d’une assemblée nationale validée par la Cour suprême et de 375 conseils communaux avec des maires élus. Elle ne dispose pas d’un Sénat, que la nouvelle constitution prévoit mais qui n’a pas encore été constitué. La législature bicamérale créée par le référendum constitutionnel de 2025 est donc encore incomplète : l’Assemblée nationale a été installée mais le Sénat n’a pas été créé. Cet écart est un fait institutionnel que ni les communications du gouvernement Doumbouya ni les évaluations des partenaires internationaux de l’achèvement de la transition n’ont systématiquement adressé. Pour la piste de réintégration à la CEDEAO que l’élection à l’ECOSOC de la Guinée et la visite de Lacroix documentées dans cette série préparent, l’installation d’une gouvernance locale élue est la métrique de gouvernance domestique la plus visible qui distingue un pays en transition d’un pays ayant restauré des institutions démocratiques fonctionnelles.