SimFer, la coentreprise entre le gouvernement guinéen, Rio Tinto et le consortium CIOH dirigé par Chinalco, a publié son point d’avancement du deuxième trimestre 2026 le 4 juin. Les chiffres sont opérationnels, pas promotionnels. Ils décrivent un projet passé de la réalisation d’étapes clés à une exécution continue, tout en portant encore un écart significatif entre la production actuelle et l’objectif affiché.
Les données principales : 0,6 million de tonnes de minerai de fer expédiées au premier trimestre 2026, l’embranchement ferroviaire de 70 km de SimFer pleinement opérationnel depuis le T1, le port SimFer à 78% d’avancement fin mars, et le site minier à environ 74%. La mise en service du port est attendue au premier trimestre 2027. L’objectif de 60 millions de tonnes par an est désormais fixé au second semestre 2028, soit une fenêtre de montée en puissance de 30 mois.
La chaîne logistique fonctionne. Le minerai circule par train depuis la mine SimFer vers la ligne transguinéenne principale via l’embranchement maintenant opérationnel, puis transite par le port WCS pendant que le port SimFer finit sa construction. La première cargaison a quitté la Guinée en décembre 2025. Le premier chargement complet est arrivé en Chine en mars 2026. Trois chargeurs de navires sont arrivés à Morebaya. La séquence est réelle.
Ce que les chiffres révèlent aussi, c’est la distance encore à parcourir. À 0,6 Mt pour le premier trimestre, le rythme annualisé reste très en deçà de 60 Mt. Le port, principal facteur contraignant, ne sera pas opérationnel avant début 2027. Le site minier, à 74% d’achèvement, est encore en construction. Le directeur général de SimFer Chris Aitchison a formulé le changement de phase clairement : le projet passe de la réalisation d’étapes à une exécution opérationnelle continue. C’est une distinction qui compte. Les étapes sont binaires. L’exécution, c’est la constance et le volume.
Le chiffre de 77% de main-d’oeuvre locale mérite aussi une lecture attentive. Il reflète une politique de localisation délibérée, mais il porte aussi une implication opérationnelle : la Guinée construit une capacité technique à l’intérieur du projet en temps réel. La question de long terme pour Simandou 2040 est de savoir si cette capacité reste dans le pays une fois la phase de construction terminée.
Un incident a assombri le point Q2. Rio Tinto a confirmé le décès d’un employé sous-traitant sur le site portuaire de SimFer. Un comité consultatif en matière de sécurité, créé en 2026 avec six conseillers externes, assure désormais une supervision indépendante de la gestion des risques d’accident mortel sur les opérations minières et portuaires. Son existence signale que SimFer est conscient de l’exposition sécuritaire que représente la conduite simultanée de la construction et des premières opérations à cette échelle.
Ce qu’il faut suivre : le calendrier de mise en service du port au T1 2027 est la variable critique. Il détermine le moment où SimFer pourra cesser de transiter par les infrastructures WCS et commencer à contrôler sa propre chaîne d’exportation. D’ici là, la montée en puissance reste contrainte par une logistique partagée. Le point du troisième trimestre sera le premier vrai test pour savoir si la trajectoire vers 60 Mt tient.