Or en Afrique de l’Ouest : un rebond de 8 % de la production en 2026 après deux années de recul

Après une contraction en 2024 et un nouveau repli en 2025, la production aurifère ouest-africaine devrait rebondir de 8,0 % en 2026. Selon GlobalData, la production cumulée des quatre principaux producteurs de la région (Ghana, Mali, Guinée et Burkina Faso) a reculé de 2,4 % en 2025, après une baisse estimée à 4,4 % en 2024. Le rebond projeté pour 2026 n’est donc pas la prolongation d’une tendance mais une inversion, portée par des facteurs identifiables.

La reprise de 2026 est principalement tirée par le redémarrage de mines, la montée en puissance de nouveaux projets et l’amélioration des performances opérationnelles sur des actifs existants. Le signal ne traduit pas une dynamique généralisée à toute la région. Les quatre principaux producteurs n’évoluent pas au même rythme, et les risques structurels qui pèsent sur le secteur (déclin des mines matures, sécurité, durcissement réglementaire) demeurent.

Ce que masquait réellement le recul de 2,4 % en 2025

Le repli de 2025 n’a pas la même origine dans tous les pays. Au Mali, la contraction s’explique principalement par la suspension temporaire de l’exploitation de Loulo-Gounkoto par Barrick Gold, liée à un différend avec l’État malien sur des arriérés fiscaux et de redevances. La production malienne devrait reculer d’environ 30,8 % en 2025, à 1,4 moz, pesant fortement sur l’agrégat régional.

Au Ghana, premier producteur de la région, la production est restée quasi stable en 2025, en hausse de seulement 0,5 % par rapport à 2024. Plusieurs actifs matures (Ahafo South, Tarkwa, Iduapriem) ont souffert de teneurs en baisse et de problèmes opérationnels, tandis que ces pressions ont été partiellement compensées par une production plus élevée à Obuasi et Akyem, et par la montée en charge du projet Namdini de Shandong Gold. La Guinée a également enregistré des perturbations en 2025, avant le démarrage de nouvelles opérations. Le Burkina Faso, à l’inverse, a poursuivi l’élargissement de sa base de production, notamment via le développement du projet Kiaka par West African Resources.

Le Mali, principal moteur du rebond, mais pas le seul

Le Mali est attendu comme le contributeur le plus marqué de la reprise régionale. La relance et la montée en charge de Loulo-Gounkoto, combinées à l’apport de Syama Phase I et de Fekola Regional, devraient porter la production malienne en hausse de 28 % en 2026. Ce rebond reste cependant conditionné au risque pays. L’attaque de la mine de Morila en janvier 2026 illustre la persistance de l’exposition sécuritaire, et la dépendance du pays à l’or, qui représente une part majeure du PIB, des exportations et des recettes fiscales, constitue une fragilité structurelle.

En Guinée, la reprise est tirée par la montée en charge de la mine d’or de Kiniero, entrée en production fin 2025, et par la performance renforcée de Siguiri.

Le Burkina Faso confirme une trajectoire distincte. West African Resources a publié une guidance de production aurifère 2026 comprise entre 430 000 et 490 000 onces, portée par la première année pleine d’exploitation de Kiaka et une contribution soutenue de Sanbrado. Kiaka à elle seule devrait livrer entre 240 000 et 280 000 onces. Le cas burkinabè se distingue de la dynamique malienne : la production y est soutenue par la montée en charge d’un projet, et non par la résolution d’un différend réglementaire.

En dehors des quatre principaux producteurs, les marchés émergents (Côte d’Ivoire, Niger, Liberia, Sénégal, Sierra Leone) devraient enregistrer une croissance collective de 3,8 % en 2026. La Côte d’Ivoire devrait devenir le troisième producteur d’or d’Afrique de l’Ouest en 2026, devant le Mali, tandis que le Sénégal bénéficie des projets Makabingui et Diamba Sud, ainsi que de l’extension souterraine de Sabodala-Massawa.

Le rebond de 8 % n’efface pas les risques structurels

La reprise de 2026 ne doit pas être lue comme un retour à une trajectoire de croissance stable de la production. Plusieurs facteurs limitent la portée de ce rebond. Le Ghana, ancrage de la production régionale, voit ses perspectives de plus en plus modelées par un durcissement de politique publique. La décision du gouvernement, en avril 2026, de ne pas renouveler le bail de Damang détenu par Gold Fields et de reprendre le contrôle de la mine signale une volonté accrue de capture de la valeur nationale et de supervision étatique. L’introduction d’un régime de redevances à barème glissant va dans le même sens. À plus long terme, les perspectives restent contraintes par des facteurs structurels. GlobalData projette une croissance régionale de seulement 0,9 % sur la période 2025-2030, à 11,4 moz cumulés en 2030, en raison notamment des fermetures programmées de mines comme Fekola, Fekola Regional, Essakane et Edikan. Le rebond de 2026 s’inscrit donc dans un horizon structurellement plat.

Le risque sécuritaire reste également une variable majeure, en particulier au Mali et au Burkina Faso. La continuité d’exploitation des actifs situés dans des zones instables peut être perturbée à court terme, comme l’illustre l’attaque de Morila.

Ce qu’il faut surveiller en 2026

La réalisation effective du rebond de 8 % dépendra d’un nombre limité de variables identifiables : la montée en charge effective de Loulo-Gounkoto et l’absence de nouveau différend entre Barrick et l’État malien ; la performance de Kiaka sur une année pleine de production ; la continuité opérationnelle de Kiniero et de Siguiri en Guinée ; et la trajectoire des actifs matures du Ghana dans un environnement réglementaire qui se durcit.

La deuxième variable à surveiller est la mesure dans laquelle le durcissement de politique observé au Ghana se répliquera ailleurs dans la région. Le cas Damang, combiné au régime de redevances à barème glissant, envoie un signal aux opérateurs sur la renégociation des conditions dans un environnement de prix élevés de l’or.

La troisième variable est la redistribution du poids entre producteurs régionaux. La montée relative de la Côte d’Ivoire et du Sénégal modifie la géographie de long terme de la production ouest-africaine. Si la tendance se confirme, le centre de gravité régional pourrait se déplacer progressivement de son cœur historique (Ghana, Mali, Burkina Faso).

Le rebond de 8 % est donc un signal réel, mais conditionnel. Il repose sur un petit nombre d’événements spécifiques, et ne modifie pas la trajectoire structurelle du secteur sur la décennie.