Un accord signé le 6 mai met fin au contentieux entre l’État guinéen et Emirates Global Aluminium. NMC hérite des actifs. Les contrats CBG sont renouvelés.
Un communiqué conjoint publié le 6 mai 2026 a mis fin à plusieurs mois de tension entre la République de Guinée et Emirates Global Aluminium (EGA), le groupe minier émirati contrôlant Guinea Alumina Corporation (GAC). L’accord a été signé en présence du président du Barreau de Paris, qui a conduit la médiation. La délégation guinéenne était menée par le ministre des Mines Bouna Sylla et la ministre de l’Économie Mariama Ciré Sylla.
Les termes publiés sont explicites. Conakry effectue un paiement forfaitaire à GAC en compensation. Les actifs opérationnels du site de Boké sont transférés à Nimba Mining Company, la société d’État créée par décret présidentiel en août 2025. Les accords de fourniture en bauxite qui liaient GAC à la Compagnie des Bauxites de Guinée (CBG) sont renouvelés, permettant à EGA de continuer à s’approvisionner auprès du premier exportateur mondial.
Ce dossier plongeait ses racines dans l’échec de GAC à construire une raffinerie d’alumine dans les délais convenus. La date limite avait été repoussée une première fois à septembre 2026. Le gouvernement guinéen a suspendu les exportations de GAC à partir d’octobre 2024, puis transféré la concession à NMC. EGA avait alors engagé des procédures contentieuses à l’encontre de Conakry.
Pourquoi cet accord compte réellement ? D’abord parce qu’il démontre que la stratégie de Conakry fonctionne dans les limites du droit international. La Guinée récupère les actifs, installe son opérateur d’État, et obtient un paiement. Elle évite en même temps les coûts d’un arbitrage international long et incertain devant l’ICSID. Cette double sortie par le haut était loin d’être acquise il y a six mois.
Le second enjeu est la continuité des approvisionnements. EGA est l’un des acheteurs structurels les plus importants de la chaîne bauxite guinéenne. Ses raffineries aux Émirats, comme ses partenaires en Asie, dépendent des grades spécifiques de la bauxite guinéenne. Un arrêt prolongé des livraisons aurait pesé sur les marges de traitement de toute la chaîne aval. Le renouvellement des contrats CBG-EGA répond à cette exigence de continuité.
La référence dans le communiqué conjoint au « Comité Stratégique Simandou » n’est pas anodine. Elle signale que la résolution du différend GAC s’inscrit dans une architecture de pilotage plus large, orientée vers la consolidation du contrôle étatique sur l’ensemble du secteur minier guinéen, bauxite
et minerai de fer compris.
Ce qui change, c’est le statut de NMC dans le paysage minier guinéen. La société, née il y a neuf mois à peine, absorbe un actif productif et hérite d’une relation commerciale établie avec un acheteur de rang mondial. Sa trajectoire n’est plus celle d’un simple véhicule de politique industrielle. Elle devient un opérateur avec des actifs réels, des obligations contractuelles et une base d’approvisionnement à gérer.
Ce qui se révèle, c’est aussi la capacité de Conakry à mener ce type de négociation avec un groupe du calibre d’EGA. La présence du président du Barreau de Paris comme médiateur signale un processus professionnel, documenté, et défendable. Ce n’est pas un acte de nationalisation sommaire. C’est un accord bilatéral avec une compensation explicite.
Ce qui se prépare, enfin, c’est un test de gestion opérationnelle pour NMC. Absorber les actifs GAC, maintenir les exportations, respecter les contrats CBG-EGA, et simultanément préparer les études de faisabilité pour la future raffinerie d’alumine : c’est un calendrier exigeant pour une entité de moins d’un an.
La question qui s’ouvre maintenant est celle de la faisabilité industrielle de NMC comme opérateur de long terme. La Guinée a démontré sa capacité à récupérer des actifs. Elle doit maintenant démontrer sa capacité à les exploiter. Les premières livraisons sous la bannière NMC et les premiers chiffres de production seront les indicateurs à surveiller dans les prochains trimestres.