La raffinerie d’or de Nimba entre en production commerciale en juillet : lecture du pari à 30 millions de dollars de la Guinée pour devenir le pôle de raffinage aurifère de l’Afrique de l’Ouest

La raffinerie d’or de Nimba doit démarrer sa production commerciale en juillet 2026, sous réserve des dernières approbations réglementaires. L’installation, d’un coût de 30 millions de dollars et construite près de Conakry, est conçue pour débuter avec une capacité annuelle de 530 tonnes, soit environ 17 millions d’onces, avant de monter à 733 tonnes en pleine capacité, un niveau qui en ferait la plus grande raffinerie d’or unique du continent africain.

Le dernier développement

La raffinerie est entièrement financée par l’entrepreneur Yacoub Sidya, fondateur de MSS Security et de Phoenix Precious Metals, en partenariat avec le ministère guinéen des Mines et l’émiratie Emirates Minting. Bangaly Steve Touré, directeur adjoint du Fonds d’investissement minier de Guinée, a confirmé le calendrier de juillet et les chiffres de capacité, décrivant l’installation comme structurée selon un modèle de partenariat public-privé. Le ministre guinéen des Mines, Bouna Sylla, a posé les termes du projet sans détour : le pays a produit environ 2,32 millions d’onces d’or l’an dernier, pour une valeur d’environ 7 milliards de dollars, mais n’en retenait jusqu’ici que moins de 1 % de la valeur sur le territoire national. La raffinerie vise à combler cet écart en conservant la marge de transformation en Guinée plutôt qu’en expédiant le doré à l’étranger pour raffinage à Dubaï, en Suisse ou en Inde.

Le projet intervient juste après que le président Mamadi Doumbouya a interdit les exportations d’or brut avec effet immédiat fin juin, une mesure calquée sur celle déjà appliquée au secteur bauxitier guinéen. Conakry prépare également un décret pour formaliser la production aurifère artisanale et renforcer la traçabilité, un chantier parallèle destiné à intégrer les petits producteurs, qui dominent la production dans plusieurs régions, dans la même chaîne de valeur que la raffinerie est conçue pour servir.

Pourquoi ce sujet compte

La démarche guinéenne s’inscrit dans une vague, pas dans un pari isolé. Le Ghana Gold Board a commencé à acheter localement 30 % de la production des grands mineurs à partir du 1er juillet, contre 20 % auparavant. Le Mali a posé la première pierre mi-2025 de la raffinerie étatique de Senu, avec un objectif de 200 tonnes de capacité annuelle. Le Burkina Faso construit sa propre installation après avoir révisé son code minier en 2024. Ce qui distingue l’approche guinéenne, c’est l’échelle et la structure de financement : avec 733 tonnes de capacité totale prévue, Nimba dépasserait de plus de trois fois la raffinerie malienne de Senu, et elle est soutenue par des capitaux privés plutôt que par le seul investissement de l’État, ce qui raccourcit le délai de construction mais soulève une autre question, celle de savoir si un pôle régional financé par le privé peut attirer les flux d’or de producteurs voisins comme le ferait un champion national étatique.

Ce que cela change

Pour la Guinée, l’effet immédiat est direct : l’or qui quittait auparavant le pays sous forme de doré brut, sans presque capter de marge de raffinage, peut désormais être transformé sur place avant exportation. Pour la région, l’effet le plus intéressant est celui de l’optionalité. Le ministre Sylla a affirmé explicitement que la coexistence de plusieurs raffineries nationales en Afrique de l’Ouest ne pose aucun problème, la compétitivité, et non la politique, devant déterminer quelles installations réussissent. Ce cadrage compte, car il ouvre la voie à un positionnement de Nimba comme point de transformation régional pour de l’or produit ailleurs en Afrique de l’Ouest, et pas seulement pour la production guinéenne, à condition que son modèle économique et son parcours de certification tiennent leurs promesses.

Ce qu’il faut surveiller

Trois indicateurs diront si Nimba devient un pôle régional durable ou reste une installation nationale bien financée. D’abord, si l’usine obtient l’accréditation LBMA (London Bullion Market Association), le sésame qui détermine si ses lingots sont acceptés sur les marchés internationaux sans devoir être reraffinés ailleurs, sachant que ni Nimba ni la raffinerie malienne de Senu n’ont communiqué de calendrier de certification à ce jour. Ensuite, si le décret de formalisation artisanale parvient réellement à canaliser la production à petite échelle vers la chaîne d’approvisionnement de la raffinerie, sachant que la production informelle représente encore une part significative du total guinéen. Enfin, si des producteurs voisins acheminent des volumes vers Nimba une fois la pleine capacité atteinte, ce qui constituerait le signal le plus clair que le modèle à capitaux privés de la Guinée peut rivaliser avec les raffineries adossées à l’État qui se construisent à Accra et à Bamako.