Africa Finance Corporation a décaissé la première tranche de 60 millions de dollars d’une facilité de prêt corporate de 300 millions de dollars destinée à une centrale thermique de 119 MW au Burkina Faso, a indiqué le fournisseur panafricain de solutions d’infrastructure dans un communiqué. Les fonds soutiendront le développement de la centrale par Aksa Enerji Üretim A.Ş., la plus grande entreprise de production d’électricité cotée en bourse de Türkiye, et la transaction marque le premier investissement d’AFC au Burkina Faso. La centrale sera construite à Ouagadougou, et le projet fait suite à un contrat d’achat d’électricité garanti sur 20 ans qu’Aksa a signé avec la compagnie nationale d’électricité du Burkina Faso, la Sonabel, annoncé le 25 novembre 2025.
Pourquoi c’est important. Le Burkina Faso est un pays de 24 millions d’habitants où seule une personne sur cinq a actuellement accès à l’électricité, et le pays importe actuellement environ 60 % de son approvisionnement en électricité, exposant les ménages, les entreprises et l’industrie à des perturbations de l’approvisionnement et à des coûts énergétiques élevés qui freinent l’industrialisation et la croissance. Selon le Pacte national de l’énergie 2026-2030 du gouvernement, les importations représentaient 48,89 % de l’énergie totale disponible en 2024, provenant principalement du Ghana, de la Côte d’Ivoire et du Togo, tandis que la production nationale est passée de 932,2 GWh en 2019 à 1 419,1 GWh en 2024, une progression qui n’a toujours pas suivi le rythme de la demande. Le pacte vise à donner accès à l’électricité à 17,9 millions de personnes supplémentaires d’ici 2030, dont 11,1 millions en zones rurales, tout en portant la capacité renouvelable installée de 228 MWc en 2024 à 887 MWc d’ici 2030. Le fait qu’une seule centrale de 119 MW devienne le plus grand actif de production du pays montre à quel point le Burkina Faso doit encore progresser pour combler cet écart.
Ce qui change. Une fois mise en service en 2027, la centrale devrait réduire de plus de moitié la dépendance à l’électricité importée tout en renforçant la capacité de production nationale, et, en fournissant une électricité de base plus fiable et moins coûteuse, AFC s’attend à ce qu’elle améliore la sécurité énergétique, attire des investissements privés et crée une base plus solide pour une croissance de long terme. Ce financement s’appuie sur la facilité de prêt corporate existante de 150 millions de dollars accordée par AFC à Aksa Enerji en 2025, qui a soutenu les projets de l’entreprise à grande échelle de conversion du gaz en électricité au Sénégal et au Ghana, notamment une centrale à gaz à cycle combiné de 255 MW au Sénégal conçue pour fonctionner au gaz naturel domestique, établissant Aksa comme un partenaire de confiance pour AFC dans toute la région avant cet accord élargi au Burkina Faso. Le président du conseil d’administration d’Aksa, Cemil Kazanci, a qualifié le Burkina Faso d’« étape importante » dans l’engagement de long terme de l’entreprise envers l’Afrique, tandis que le président d’AFC, Samaila Zubairu, a présenté une électricité fiable comme la condition préalable à l’industrialisation, affirmant qu’une électricité fiable est ce qui permet aux pays de s’industrialiser et aux entreprises de se développer.
Ce qu’il faut surveiller. Le plan national prévoit une croissance annuelle de la demande d’électricité comprise entre 7,3 % et 10,9 % jusqu’en 2040, une fourchette qui ne tient même pas compte des demandes de raccordement auxquelles la Sonabel ne peut pas répondre actuellement ni des ambitions d’industrialisation propres au pays, ce qui signifie qu’une seule centrale de 119 MW ne comble qu’une partie du déficit qu’elle est censée résorber. Le véritable test réside dans le séquençage : savoir si AFC débloquera les tranches restantes de la facilité de 300 millions de dollars selon le calendrier à mesure que la construction avancera, si la centrale atteindra son exploitation commerciale à l’horizon 2027 malgré l’environnement sécuritaire du Burkina Faso, et si l’engagement d’achat sur 20 ans de la Sonabel restera financièrement tenable alors que l’État arbitrera entre cet actif et les investissements dans les énergies renouvelables et le réseau que le même pacte national prévoit en parallèle.