Mali, Conseil des Ministres du 10 juin : ce que les décrets révèlent sur les priorités économiques de la Transition

Catégorie : Macro Strategy

Le Conseil des Ministres s’est réuni le 10 juin à Koulouba sous la présidence du Général Assimi Goïta. La session n’a produit ni nominations ni mesures législatives au sens strict, au-delà d’un seul paquet réglementaire. Ce qu’elle a produit mérite d’être lu comme un instantané des priorités institutionnelles actuelles de la Transition.

Le seul décret adopté crée l’Agence nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information (ANSSI). Il s’agit du bras opérationnel de la Stratégie nationale de Cybersécurité du Mali, adoptée formellement en février 2026 avec un plan d’actions 2026-2030. L’agence est chargée de coordonner les réponses aux cyberattaques et de protéger les infrastructures et services critiques contre les atteintes numériques. Sa création est un mouvement structurel. Elle formalise une fonction de cybersécurité que la plupart des États comparables de la région n’ont pas encore institutionnalisée à ce niveau.

Le contexte compte. Le Mali pilote un programme important de modernisation de l’administration numérique et accueille fin juin sa 4ème Semaine du Numérique, avec le Burkina Faso et le Niger comme invités aux côtés de la Guinée, du Tchad, du Sénégal et du Ghana. L’agence s’inscrit dans cette séquence : avant d’élargir les services numériques de l’État, il faut une structure dédiée à leur sécurisation. La dimension AES de cette invitation à la Semaine du Numérique mérite également d’être notée. Elle signale une coordination continue entre les membres de l’alliance sur la souveraineté numérique, un thème qui a gagné en traction institutionnelle dans les trois pays.

Le deuxième point substantiel était une communication du ministre de l’Économie et des Finances présentant le Document de Programmation Budgétaire et Économique Pluriannuelle 2027-2029. Le document projette une croissance réelle moyenne de 6,5% sur la période, avec un taux de pression fiscale passant de 13,9% en 2027 à 15,1% en 2029. Les dépenses publiques projetées sur les trois ans s’établissent en moyenne à 4 382,9 milliards de francs CFA par an. Le document est explicitement cadré autour de Mali Kura et de la Stratégie nationale pour l’Émergence et le Développement durable 2024-2033.

La projection de 6,5% de croissance n’est pas un chiffre conservateur pour un pays qui gère encore une situation sécuritaire active sur de larges portions de son territoire. Le document lie explicitement cette projection à une amélioration attendue de la situation sécuritaire. C’est l’hypothèse portante de tout le cadrage fiscal. Si la trajectoire sécuritaire évolue, les objectifs de mobilisation des recettes évoluent avec elle.

Ce qu’il faut suivre : le calendrier d’opérationnalisation de l’ANSSI, et la tenue du cadre budgétaire 2027-2029 à mesure que la Transition prépare sa prochaine phase politique. L’hypothèse sécuritaire intégrée dans la projection de 6,5% est la variable qui déterminera si les objectifs fiscaux sont atteignables.