Le Nigeria, le Bénin et les douanes camerounaises s’engagent à moderniser les frontières dans le cadre de la ZLECAf

Un signal douanier trilatéral, ancré à deux corridors nommés

Le Nigeria, le Bénin et le Cameroun se sont engagés dans un effort coordonné de modernisation des frontières lié à la Zone de libre-échange continentale africaine, à la suite d’une mission comparative de cinq jours au poste-frontière de Beitbridge, au Zimbabwe, organisée avec le soutien de la Banque africaine d’import-export. Cet engagement, formalisé dans un communiqué conjoint signé le 27 juillet, est plus précis sur le plan opérationnel que la plupart des promesses liées à la ZLECAf formulées cette année en Afrique de l’Ouest et centrale, même si sa capacité à produire des gains mesurables en matière de facilitation des échanges dépend de questions institutionnelles et de financement auxquelles le communiqué ne répond pas encore.

La délégation, qui comprenait le contrôleur général des douanes du Nigeria, Adewale Adeniyi, le directeur général des douanes du Cameroun, Fongod Nuvaga, et le directeur général du Bénin, le colonel Raouf Malèhossou Aboudou, a visité les terminaux de fret et les opérations de scanner de Beitbridge et a reçu des exposés sur son modèle de financement par concession, Chirundu — premier poste-frontière à guichet unique d’Afrique (ouvert en 2009 à la frontière entre le Zimbabwe et la Zambie) — étant cité comme point de référence secondaire. Le Dr Gainmore Zanamwe d’Afreximbank, qui a contribué à organiser la visite, a présenté l’exercice sous l’angle des structures de gouvernance et de normes de service mesurables plutôt que de la seule infrastructure.

Ce qui distingue cet engagement de gestes continentaux similaires, c’est sa précision : le communiqué désigne deux corridors devant à terme bénéficier du traitement de poste-frontière à guichet unique, Sèmè-Kraké reliant le Nigeria et le Bénin, et Mfum-Ekok reliant le Nigeria et le Cameroun, et engage les trois pays à mettre en place un comité directeur stratégique trilatéral chargé de superviser la mise en œuvre. Aucun calendrier public ni structure de financement n’accompagne ni le choix de ces corridors ni le mandat du comité, et c’est là la véritable lacune à surveiller, plutôt qu’une absence totale de mécanisme institutionnel.

La superposition des cadres régionaux complique cette mise en œuvre, quelles que soient les bonnes intentions. Le Nigeria et le Bénin appartiennent tous deux à la CEDEAO, le Bénin étant en outre membre à part entière de l’UEMOA ; le Cameroun est totalement en dehors de la CEDEAO et relève de la CEMAC et de la CEEAC. Un effort douanier trilatéral couvrant deux communautés économiques régionales dotées de régimes tarifaires et de cadres juridiques différents dispose de moins d’outils de convergence immédiatement mobilisables qu’une initiative purement intra-CEDEAO, ce qui éclaire d’ailleurs la raison pour laquelle cet engagement a nécessité un comité directeur autonome plutôt qu’un passage par une structure régionale existante.

La position du Bénin mérite une attention particulière. Son économie a longtemps absorbé d’importants flux de réexportation à destination du Nigeria par des circuits informels, parallèlement à son rôle officiel de corridor de transit pour les marchés sahéliens enclavés. Un dispositif de guichet unique fonctionnel à Sèmè-Kraké modifierait, en pratique, l’économie de ce corridor tant pour les opérateurs formels que pour le commerce informel qui s’est développé autour des frictions existantes, une tension que le communiqué n’aborde pas.

Ce qu’il faut maintenant surveiller est concret : si le comité directeur trilatéral publie un calendrier de mise en œuvre, si l’un ou l’autre des corridors désignés bénéficie d’un engagement de financement (d’Afreximbank, compte tenu de son rôle dans l’organisation de la visite, ou d’une autre institution de financement du développement), et si le Secrétariat de la ZLECAf intègre formellement cette initiative dans sa propre architecture de modernisation douanière au lieu de la laisser comme un arrangement trilatéral autonome. En l’absence de tels signaux au cours des six à douze prochains mois, cet engagement risque de rejoindre un schéma bien documenté d’efforts africains d’harmonisation douanière qui s’enlisent entre la déclaration et la mise en service, non pas en raison de désaccords, mais du fait de la complexité administrative qu’implique l’alignement des systèmes entre autorités douanières souveraines relevant de régimes commerciaux régionaux différents.