Le Burkina Faso devient un marché de transit clé pour Cotonou alors que les flux du Niger se déplacent vers Sèmè

Le Burkina Faso est devenu l’une des principales destinations du fret en transit via le port de Cotonou, alors même que la rupture diplomatique entre le Bénin et le Niger continue de perturber les échanges entre les deux voisins. Près de 1 million de tonnes de marchandises, principalement des hydrocarbures, ont transité par le port béninois vers le Burkina Faso depuis 2025, a rapporté Agence Ecofin le 4 octobre, citant le Port autonome de Cotonou (PAC).

Ce que rapporte le port

Le directeur commercial du PAC, Kévin Potier, a présenté ces chiffres lors de Média Connect 2026. Le transit a représenté 39,2 % du trafic du port l’an dernier, dont 16 % à destination du Burkina Faso.

La formulation laisse un point en suspens : ces 16 % se rapportent-ils au trafic total ou au seul transit ? Les totaux disponibles plaident pour la seconde interprétation. Le transit, à 39,2 % de 14,7 millions de tonnes, représente environ 5,8 millions de tonnes, et 1 million de tonnes correspond à peu près à 17 % de ce total, selon le calcul de TMG.

Le Nigeria est désormais le deuxième marché de Cotonou. La congestion persistante des ports nigérians et la proximité de Cotonou font de la plateforme béninoise une alternative pour une partie de ce fret.

Le Tchad constitue une troisième cible, plus modeste. N’Djamena cherche à diversifier ses voies d’approvisionnement alors que les contraintes persistent sur son corridor vers Douala. Une délégation du Conseil tchadien des chargeurs s’est rendue à Cotonou en juillet 2025.

Le Niger n’a pas disparu du paysage

Le Niger reste partie prenante du commerce de Cotonou, mais le sens de ses flux s’est en partie inversé. Niamey utilise désormais la plateforme de Sèmè-Podji, à environ 20 kilomètres de Cotonou, pour exporter son pétrole brut.

Sèmè-Podji a traité près de 4,3 millions de tonnes de pétrole l’an dernier, dont l’essentiel provenait du Niger. Les rapports ne précisent pas si ces volumes sont inclus dans les totaux portuaires de Cotonou ou enregistrés séparément, une distinction importante pour toute comparaison avec le trafic antérieur à la rupture.

Les exportations propres du Bénin modifient également le profil du port. La Zone industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ) produit de nouvelles marchandises destinées aux marchés d’exportation.

Le trafic se redresse fortement

Le trafic total est tombé à 9,6 millions de tonnes en 2024, puis est remonté à 14,7 millions de tonnes en 2025, avec 9 millions de tonnes d’importations, 5,7 millions de tonnes d’exportations et plus de 500 000 EVP de conteneurs.

Au premier semestre 2026, le port a traité 7,7 millions de tonnes. Les exportations ont atteint 2,87 millions de tonnes, contre 2,16 millions un an plus tôt. Le trafic cumulé a dépassé 10 millions de tonnes sur les huit premiers mois.

Le port prévoit entre 16 et 16,5 millions de tonnes pour 2026, sur la base d’une croissance de 10 % à 15 % par rapport à la même période de 2025. Il s’agit d’une prévision, non d’un résultat.

Derrière ce redressement se trouve un programme d’investissement lancé en 2021, couvrant 12 grands projets d’une valeur d’environ 500 milliards de FCFA (environ 859 millions de dollars). Les objectifs de long terme du port sont de 25 millions de tonnes et plus de 1 million d’EVP.

Les nouveaux débouchés doivent encore faire leurs preuves dans la durée

Le cas de Cotonou montre à quel point un port régional est exposé lorsqu’une grande part de son activité dépend de quelques corridors. Lorsque les relations avec le Niger se sont dégradées, ce sont de nouveaux débouchés qui ont davantage protégé les volumes que les investissements de capacité.

Ces flux doivent encore se stabiliser. Le basculement vers le Burkina Faso, le Nigeria et le Tchad ne compense pas automatiquement les volumes historiquement liés au Niger. La compétitivité des corridors terrestres, les coûts logistiques et la rapidité des procédures douanières détermineront si les chargeurs restent, tandis que d’autres ports du golfe de Guinée se disputent les mêmes marchés enclavés.

Le flux vers le Burkina Faso comporte son propre risque. Il est concentré sur les hydrocarbures et dépend d’un corridor routier exposé aux conditions sécuritaires au Sahel.

Points à surveiller

  • Confirmation que la part de 16 % du Burkina Faso se rapporte au trafic total ou au seul transit.

  • Le trafic annuel 2026 au regard de la projection de 16 à 16,5 millions de tonnes.

  • La ventilation du transit par destination et par type de cargaison, en particulier la part des hydrocarbures.

  • Les volumes transitant par Sèmè-Podji et la manière dont ils sont comptabilisés par rapport à Cotonou.

  • Toute évolution des relations Bénin–Niger qui rétablirait les flux d’importation vers Niamey.

  • L’avancement du programme d’investissement de 12 projets et de l’objectif de 25 millions de tonnes.