À quelques jours de l’arrivée d’une mission technique du FMI à Dakar, le Sénégal a pris les marchés de court. Le gouvernement a remboursé par anticipation deux échéances de sa dette en devises étrangères : un coupon de 53,75 millions d’euros sur une obligation arrivant à maturité en 2037, et un paiement de 38,8 millions de dollars sur un emprunt échéant en 2031. Les deux ont été honorés avant leur date contractuelle. Le signal est délibéré.
Le contexte est déterminant. Le précédent programme du FMI, une Facilité élargie de crédit de 1,8 milliard de dollars, avait été suspendu en octobre 2024 après la découverte d’environ 7 milliards de dollars de dettes non déclarées héritées de l’administration précédente. Depuis, le gouvernement Faye reconstruit méthodiquement sa crédibilité auprès des créanciers internationaux. Ces paiements anticipés s’inscrivent dans cette stratégie. En mars dernier, Dakar avait déjà soldé par anticipation une obligation externe de 471 millions de dollars pour éviter tout incident de paiement.
Les enjeux de la négociation en cours sont considérables. La dette publique a atteint environ 132 pour cent du PIB selon le FMI. La notation souveraine du pays est à CCC+ avec perspective négative chez S&P et Caa1 chez Moody’s, après plusieurs dégradations consécutives en 2025 et 2026. Le service total de la dette pour le seul exercice 2026 est estimé à environ 9,7 milliards de dollars, un record pour le pays.
Le ministre des Finances Cheikh Diba a indiqué devant les députés le 22 mai dernier que le gouvernement visait un accord sur les principaux points de négociation avant la fin juin. La séquence est bien comprise à Dakar : mission technique à la mi-juin, accord préliminaire en juillet, premier décaissement potentiel avant la fin de l’année.
Le contexte politique ajoute une couche de complexité. Le 6 juin, l’ancien Premier ministre Ousmane Sonko, limogé le 22 mai et désormais président de l’Assemblée nationale, a été reconduit à la tête du PASTEF pour un mandat de six ans. Le parti contrôle 130 des 165 sièges au Parlement, ce qui lui confère la capacité de bloquer tout texte budgétaire ou cadre de restructuration. Tout programme avec le FMI devra composer avec cette réalité.