ASINT / Finance & Institutions
Plus de 4 000 délégués se sont réunis au Centre de conférences de Kintélé à Brazzaville du 25 au 29 mai pour les 61es assemblées annuelles du Groupe de la Banque africaine de développement. Le thème retenu était direct : mobiliser le financement du développement de l’Afrique à grande échelle dans un monde fragmenté. Derrière cette formulation se trouve un problème que les assemblées étaient conçues pour traiter frontalement. L’Afrique dispose de près de 4 000 milliards de dollars d’épargne sous gestion, face à un déficit annuel de financement du développement estimé à 400 milliards de dollars. Ce déficit n’est pas un problème de ressources. C’est un problème d’architecture. Les capitaux existent. Ils ne se déplacent pas là où ils doivent aller.
C’est sur ce constat que le président Sidi Ould Tah, ancien ministre mauritanien des Finances entré en fonction en septembre 2025 comme neuvième président de la BAD, a construit la Nouvelle Architecture Financière Africaine pour le Développement, le NAFAD. Le NAFAD propose un cadre systémique visant à réorganiser la façon dont les capitaux et les risques sont déployés dans l’écosystème financier africain, structuré autour de trois piliers : l’architecture du système, la mobilisation des capitaux et leur déploiement. Le cadre n’est pas nouveau, mais son opérationnalisation s’est significativement accélérée avant Brazzaville. Le NAFAD a été adopté par l’écosystème financier africain le 9 avril à travers le « Consensus d’Abidjan », après avoir reçu l’aval des dirigeants africains lors du sommet de l’Union africaine de février à Addis-Abeba.
À Brazzaville, la question n’était plus de savoir si le NAFAD était pertinent. C’était ce qu’il produirait concrètement. Le premier livrable identifié est la recapitalisation de l’ATIDI, l’agence continentale d’assurance des investissements. L’investissement de 125 millions de dollars de la BAD dans l’ATIDI s’inscrit dans le cadre du NAFAD et fera de la Banque son principal actionnaire, portant sa participation de 3 % à 14 %. L’objectif affiché est de faire passer la couverture annuelle de l’ATIDI de 3 à 10 milliards de dollars. La logique est simple : sans mécanisme de garantie opérant à l’échelle, les capitaux privés n’entrent pas. La recapitalisation de l’ATIDI est le levier de dérisking que le NAFAD active en priorité.
Le 29 mai, dernier jour des assemblées, l' »Appel de Brazzaville » a été adopté, marquant l’engagement formel de la société civile, des organisations philanthropiques et de la diaspora africaine en faveur du NAFAD. Le signal est politique autant qu’institutionnel. Il élargit la coalition de soutien au-delà des gouvernements et des institutions financières, vers des acteurs dont les flux sont souvent informels et difficiles à canaliser. La question que cet appel laisse ouverte est précisément celle-là : comment les engagements de la société civile et de la diaspora se traduiront-ils en instruments mobilisables et en capitaux orientables ?
Les gouverneurs ont conclu les assemblées en endorsant formellement le mandat du président Ould Tah et en l’appelant à accélérer la réforme de l’architecture financière africaine, tout en soutenant les réformes institutionnelles visant à rendre la Banque plus agile et plus proche des bénéficiaires. La BAD repart de Brazzaville avec un mandat renforcé, une coalition élargie et un premier livrable opérationnel. Ce qui reste à mesurer, c’est la distance entre l’ambition et l’exécution.