Le beurre de karité ivoirien a franchi une nouvelle étape vers la certification. Baptisée « Sheatrou », la future marque collective vise à rendre plus facilement identifiable son origine, son savoir-faire de production et sa qualité. Mais les enjeux vont au-delà de la simple reconnaissance d’un produit local : Abidjan veut générer davantage de valeur à partir d’un secteur déjà tourné vers l’exportation, dont le potentiel reste largement inexploité.
Le karité ivoirien acquiert un nouveau statut.
Le jeudi 27 août, à Abidjan, le Comité national des indications géographiques et des marques collectives (CMC) a examiné et approuvé les documents techniques qui encadreront la création de la marque collective « Sheatrou – Beurre de karité de Côte d’Ivoire ». Cela fait progresser un processus en cours destiné à doter le beurre de karité produit localement d’une identité commerciale clairement identifiable.
L’initiative est portée par l’Office ivoirien de la propriété intellectuelle (OIPI), avec l’appui du Projet de chaînes de valeur compétitives pour l’emploi et la transformation économique (PCCET), de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) et de l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle (OAPI). Les documents doivent encore être actualisés avant leur soumission à l’OAPI pour l’enregistrement de la marque collective.
Ce calendrier est important. Il signifie que le beurre de karité ivoirien n’a pas encore achevé le processus de certification. Toutefois, le projet entre dans une phase concrète : définir les règles qui permettront d’identifier le produit et de distinguer le beurre de karité répondant aux spécifications associées à « Sheatrou ».
Un produit déjà présent sur les marchés internationaux
L’objectif n’est pas de construire une filière à partir de rien.
La Côte d’Ivoire dispose déjà d’une filière karité structurée autour de la collecte, de la transformation et de l’exportation. Selon le gouvernement, plus de 152 000 femmes vivent de cette activité, principalement dans les régions du nord du pays. La Côte d’Ivoire a le potentiel de produire plus de 250 000 tonnes d’amandes de karité par an.
Les volumes commercialisés montrent également que le produit s’est déjà assuré des débouchés internationaux.
Au cours de la campagne 2025-2026, 51 697 tonnes d’amandes de karité ont intégré les circuits formels de commercialisation et ont été livrées aux unités locales de transformation. Sur la même période, 14 078 tonnes de beurre de karité ont été exportées vers 13 pays d’Asie, d’Europe et des Amériques. Le secteur comptait 168 acheteurs, 21 unités de transformation et 32 exportateurs identifiés.
Ces chiffres fournissent une première indication : le beurre de karité ivoirien n’est plus produit uniquement pour les marchés locaux. Une demande internationale pour le produit transformé existe déjà.
La question est donc différente : comment cette présence sur les marchés internationaux peut-elle générer davantage de valeur pour les acteurs ivoiriens ?
Le label ne consiste pas seulement à apposer un logo sur un pot
C’est probablement l’aspect le plus important de l’initiative.
Une marque collective telle que « Sheatrou » doit permettre de distinguer le beurre de karité produit en Côte d’Ivoire selon des critères définis. Selon l’expert en propriété intellectuelle cité par l’Agence ivoirienne de presse (AIP), elle doit garantir l’origine, le savoir-faire de production et la qualité du produit.
Pour les acheteurs, cette distinction peut avoir une valeur commerciale.
Sur un marché où plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest produisent du karité, l’origine seule ne suffit pas nécessairement à différencier un produit. La capacité à vérifier cette origine, à encadrer la qualité et à protéger la réputation d’un produit devient donc un avantage concurrentiel.
C’est là que la certification soutient la stratégie de développement de la transformation locale.
Selon les données présentées au lancement de la campagne 2026-2027, la Côte d’Ivoire dispose d’une capacité industrielle installée de transformation estimée à environ 130 000 tonnes d’amandes par an, réparties entre une vingtaine d’unités de transformation. Le gouvernement cherche désormais à renforcer la traçabilité, la gouvernance de la filière et la transformation locale.
Le label s’inscrit donc dans un mouvement plus large : mieux comprendre le produit, exercer un plus grand contrôle sur sa chaîne de valeur et mieux le commercialiser.
La Côte d’Ivoire veut aussi conserver davantage de valeur sur le territoire national
La nouvelle campagne de commercialisation du karité donne une autre indication de cette orientation.
Pour la campagne 2026-2027, le prix minimum bord champ des amandes de karité correctement séchées et triées a été fixé à 250 FCFA par kilogramme. Le prix au magasin intérieur de l’acheteur est de 275 FCFA par kilogramme, puis de 305 FCFA par kilogramme au magasin usine.
Plus important encore, les achats auprès des collecteurs et des acheteurs sont désormais réservés aux unités de transformation jusqu’à nouvel ordre. Les transferts d’amandes vers les usines sont également réglementés.
Une autre mesure interdit l’exportation des noix et des amandes de karité par voie terrestre. Selon le Conseil du coton, de l’anacarde et du karité, l’objectif affiché est de promouvoir la transformation locale et d’accroître la valeur ajoutée générée dans le pays.
La stratégie apparaît donc relativement claire.
D’un côté, le gouvernement encadre l’approvisionnement des unités de transformation. De l’autre, il travaille sur la traçabilité et la qualité. Désormais, il prépare une marque collective qui donnera au produit transformé sa propre identité.
Le label n’est donc qu’un élément d’une stratégie plus large de montée en gamme de la filière.
Un marché mondial qui dépasse la cosmétique
Le potentiel du karité va bien au-delà de l’usage traditionnel de son beurre.
La matière première intéresse particulièrement les industries cosmétique et agroalimentaire. Des coopératives ivoiriennes ont déjà développé des débouchés pour le beurre de karité biologique et les produits dérivés. L’expérience des producteurs de la région du Bounkani montre, par exemple, que les certifications biologiques et les partenariats internationaux ont permis d’accéder à de nouveaux marchés ainsi qu’à des entreprises des secteurs du chocolat et de la cosmétique.
Cette diversité des débouchés compte pour la Côte d’Ivoire.
Plus le produit est transformé, plus les possibilités de vendre autre chose qu’une simple matière première se multiplient. Beurre raffiné, ingrédients cosmétiques, produits alimentaires ou produits finis : chaque étape supplémentaire de transformation peut déplacer une part plus importante de la valeur vers les acteurs opérant dans le pays.
La question de la certification prend donc une autre dimension. Il ne s’agit plus simplement de protéger un produit traditionnel. Il s’agit de construire une identité commerciale autour d’une matière première capable d’alimenter plusieurs chaînes de valeur.
La question de la rémunération reste non résolue
La certification ne garantit toutefois pas automatiquement une meilleure rémunération pour les producteurs.
Le label peut améliorer la reconnaissance du produit et renforcer la confiance des acheteurs. Il peut aussi faciliter la distinction entre le beurre de karité répondant à des exigences spécifiques et les produits sans certification ni marque collective.
Cependant, la création de valeur dépendra en fin de compte de la capacité de la filière à faire respecter les critères du label, à assurer la traçabilité, à maintenir une qualité constante et, surtout, à trouver des acheteurs prêts à payer une prime pour cette différenciation.
Ce sera un facteur déterminant dans le succès de « Sheatrou ».
La filière doit également continuer à améliorer sa capacité de transformation. Les chiffres de la campagne 2025-2026 montrent que la Côte d’Ivoire dispose déjà d’une base industrielle. Toutefois, son potentiel annuel annoncé de plus de 250 000 tonnes d’amandes suggère aussi une marge de progression importante.
Un processus engagé avant 2026
Le projet de certification n’est pas apparu de nulle part.
En décembre 2024, le gouvernement a annoncé que plusieurs produits ivoiriens seraient soumis à la certification, dont le beurre de karité du Nord. L’initiative s’inscrivait dans une politique plus large de valorisation des produits locaux à travers les indications géographiques et les marques collectives.
Le karité rejoint ainsi une stratégie déjà appliquée à d’autres produits ivoiriens.
L’Attiéké des Lagunes, le Café des Montagnes de Man et le Pagne Baoulé figuraient parmi les produits ayant obtenu le statut d’indication géographique protégée en 2023. L’attiéké a ensuite bénéficié d’une protection en tant que marque collective en 2024.
Le mouvement dépasse donc le seul karité : la Côte d’Ivoire cherche progressivement à transformer l’origine géographique et le savoir-faire local en actifs économiques protégés.
Le véritable test viendra après la certification
La prochaine étape sera administrative et technique : les documents approuvés par le CMC doivent être finalisés avant d’être soumis à l’OAPI pour l’enregistrement de la marque collective « Sheatrou ».
Mais le véritable test viendra ensuite.
Le label devra être reconnu par les acheteurs, adopté par les transformateurs et compris par les consommateurs. Il faudra également déterminer si les règles établies permettent de maintenir une qualité constante et si la traçabilité fonctionne en pratique.
Pour les producteurs, les enjeux sont encore plus concrets. La filière fait vivre plus de 152 000 femmes. Une meilleure reconnaissance et une meilleure commercialisation du beurre de karité ivoirien n’auront un véritable impact économique que si une partie de la valeur supplémentaire créée par la différenciation du produit parvient effectivement à ceux qui opèrent en amont de la chaîne de valeur.
La Côte d’Ivoire dispose déjà d’un avantage : elle n’a pas besoin de convaincre le marché que son karité existe. Les chiffres des exportations montrent que les acheteurs internationaux sont déjà présents.
Le défi consiste désormais à transformer cette demande en valeur ajoutée ivoirienne identifiable, protégée et mieux répartie.
Après le cacao et l’anacarde, le karité pourrait ainsi devenir un autre produit phare de la stratégie ivoirienne de montée en gamme du secteur agricole.
Toutefois, « Sheatrou » ne sera un véritable succès que si le label dépasse le simple rôle de signe de reconnaissance pour devenir un outil commercial capable d’accroître la valeur du produit sur les marchés internationaux.Le beurre de karité ivoirien a franchi une nouvelle étape vers la certification. Baptisée « Sheatrou », la future marque collective vise à rendre plus facilement identifiable son origine, son savoir-faire de production et sa qualité. Mais les enjeux vont au-delà de la simple reconnaissance d’un produit local : Abidjan veut générer davantage de valeur à partir d’un secteur déjà tourné vers l’exportation, dont le potentiel reste largement inexploité.
Le karité ivoirien acquiert un nouveau statut.
Le jeudi 27 août, à Abidjan, le Comité national des indications géographiques et des marques collectives (CMC) a examiné et approuvé les documents techniques qui encadreront la création de la marque collective « Sheatrou – Beurre de karité de Côte d’Ivoire ». Cela fait progresser un processus en cours destiné à doter le beurre de karité produit localement d’une identité commerciale clairement identifiable.
L’initiative est portée par l’Office ivoirien de la propriété intellectuelle (OIPI), avec l’appui du Projet de chaînes de valeur compétitives pour l’emploi et la transformation économique (PCCET), de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) et de l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle (OAPI). Les documents doivent encore être actualisés avant leur soumission à l’OAPI pour l’enregistrement de la marque collective.
Ce calendrier est important. Il signifie que le beurre de karité ivoirien n’a pas encore achevé le processus de certification. Toutefois, le projet entre dans une phase concrète : définir les règles qui permettront d’identifier le produit et de distinguer le beurre de karité répondant aux spécifications associées à « Sheatrou ».
Un produit déjà présent sur les marchés internationaux
L’objectif n’est pas de construire une filière à partir de rien.
La Côte d’Ivoire dispose déjà d’une filière karité structurée autour de la collecte, de la transformation et de l’exportation. Selon le gouvernement, plus de 152 000 femmes vivent de cette activité, principalement dans les régions du nord du pays. La Côte d’Ivoire a le potentiel de produire plus de 250 000 tonnes d’amandes de karité par an.
Les volumes commercialisés montrent également que le produit s’est déjà assuré des débouchés internationaux.
Au cours de la campagne 2025-2026, 51 697 tonnes d’amandes de karité ont intégré les circuits formels de commercialisation et ont été livrées aux unités locales de transformation. Sur la même période, 14 078 tonnes de beurre de karité ont été exportées vers 13 pays d’Asie, d’Europe et des Amériques. Le secteur comptait 168 acheteurs, 21 unités de transformation et 32 exportateurs identifiés.
Ces chiffres fournissent une première indication : le beurre de karité ivoirien n’est plus produit uniquement pour les marchés locaux. Une demande internationale pour le produit transformé existe déjà.
La question est donc différente : comment cette présence sur les marchés internationaux peut-elle générer davantage de valeur pour les acteurs ivoiriens ?
Le label ne consiste pas seulement à apposer un logo sur un pot
C’est probablement l’aspect le plus important de l’initiative.
Une marque collective telle que « Sheatrou » doit permettre de distinguer le beurre de karité produit en Côte d’Ivoire selon des critères définis. Selon l’expert en propriété intellectuelle cité par l’Agence ivoirienne de presse (AIP), elle doit garantir l’origine, le savoir-faire de production et la qualité du produit.
Pour les acheteurs, cette distinction peut avoir une valeur commerciale.
Sur un marché où plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest produisent du karité, l’origine seule ne suffit pas nécessairement à différencier un produit. La capacité à vérifier cette origine, à encadrer la qualité et à protéger la réputation d’un produit devient donc un avantage concurrentiel.
C’est là que la certification soutient la stratégie de développement de la transformation locale.
Selon les données présentées au lancement de la campagne 2026-2027, la Côte d’Ivoire dispose d’une capacité industrielle installée de transformation estimée à environ 130 000 tonnes d’amandes par an, réparties entre une vingtaine d’unités de transformation. Le gouvernement cherche désormais à renforcer la traçabilité, la gouvernance de la filière et la transformation locale.
Le label s’inscrit donc dans un mouvement plus large : mieux comprendre le produit, exercer un plus grand contrôle sur sa chaîne de valeur et mieux le commercialiser.
La Côte d’Ivoire veut aussi conserver davantage de valeur sur le territoire national
La nouvelle campagne de commercialisation du karité donne une autre indication de cette orientation.
Pour la campagne 2026-2027, le prix minimum bord champ des amandes de karité correctement séchées et triées a été fixé à 250 FCFA par kilogramme. Le prix au magasin intérieur de l’acheteur est de 275 FCFA par kilogramme, puis de 305 FCFA par kilogramme au magasin usine.
Plus important encore, les achats auprès des collecteurs et des acheteurs sont désormais réservés aux unités de transformation jusqu’à nouvel ordre. Les transferts d’amandes vers les usines sont également réglementés.
Une autre mesure interdit l’exportation des noix et des amandes de karité par voie terrestre. Selon le Conseil du coton, de l’anacarde et du karité, l’objectif affiché est de promouvoir la transformation locale et d’accroître la valeur ajoutée générée dans le pays.
La stratégie apparaît donc relativement claire.
D’un côté, le gouvernement encadre l’approvisionnement des unités de transformation. De l’autre, il travaille sur la traçabilité et la qualité. Désormais, il prépare une marque collective qui donnera au produit transformé sa propre identité.
Le label n’est donc qu’un élément d’une stratégie plus large de montée en gamme de la filière.
Un marché mondial qui dépasse la cosmétique
Le potentiel du karité va bien au-delà de l’usage traditionnel de son beurre.
La matière première intéresse particulièrement les industries cosmétique et agroalimentaire. Des coopératives ivoiriennes ont déjà développé des débouchés pour le beurre de karité biologique et les produits dérivés. L’expérience des producteurs de la région du Bounkani montre, par exemple, que les certifications biologiques et les partenariats internationaux ont permis d’accéder à de nouveaux marchés ainsi qu’à des entreprises des secteurs du chocolat et de la cosmétique.
Cette diversité des débouchés compte pour la Côte d’Ivoire.
Plus le produit est transformé, plus les possibilités de vendre autre chose qu’une simple matière première se multiplient. Beurre raffiné, ingrédients cosmétiques, produits alimentaires ou produits finis : chaque étape supplémentaire de transformation peut déplacer une part plus importante de la valeur vers les acteurs opérant dans le pays.
La question de la certification prend donc une autre dimension. Il ne s’agit plus simplement de protéger un produit traditionnel. Il s’agit de construire une identité commerciale autour d’une matière première capable d’alimenter plusieurs chaînes de valeur.
La question de la rémunération reste non résolue
La certification ne garantit toutefois pas automatiquement une meilleure rémunération pour les producteurs.
Le label peut améliorer la reconnaissance du produit et renforcer la confiance des acheteurs. Il peut aussi faciliter la distinction entre le beurre de karité répondant à des exigences spécifiques et les produits sans certification ni marque collective.
Cependant, la création de valeur dépendra en fin de compte de la capacité de la filière à faire respecter les critères du label, à assurer la traçabilité, à maintenir une qualité constante et, surtout, à trouver des acheteurs prêts à payer une prime pour cette différenciation.
Ce sera un facteur déterminant dans le succès de « Sheatrou ».
La filière doit également continuer à améliorer sa capacité de transformation. Les chiffres de la campagne 2025-2026 montrent que la Côte d’Ivoire dispose déjà d’une base industrielle. Toutefois, son potentiel annuel annoncé de plus de 250 000 tonnes d’amandes suggère aussi une marge de progression importante.
Un processus engagé avant 2026
Le projet de certification n’est pas apparu de nulle part.
En décembre 2024, le gouvernement a annoncé que plusieurs produits ivoiriens seraient soumis à la certification, dont le beurre de karité du Nord. L’initiative s’inscrivait dans une politique plus large de valorisation des produits locaux à travers les indications géographiques et les marques collectives.
Le karité rejoint ainsi une stratégie déjà appliquée à d’autres produits ivoiriens.
L’Attiéké des Lagunes, le Café