Guinée : la Guinée inscrit dans la loi son interdiction d’exporter de l’or brut, dans un mouvement plus large visant à conserver sur place la valeur des ressources minières

Le président Mamadi Doumbouya a signé un décret, tard dans la soirée du vendredi 3 juillet, réglementant l’ensemble du secteur aurifère guinéen, de l’extraction à l’exportation. Le texte, lu à la télévision nationale, transforme en obligation légale contraignante l’annonce qu’il avait faite le 19 juin lors d’une réunion avec les opérateurs de l’or industriels, semi-industriels et artisanaux.

Le décret trace une ligne technique précise. L’or brut est défini comme tout or extrait sous forme de minerai, de concentré, de doré ou d’alliage d’une pureté inférieure à 99,5 %. L’or raffiné désigne tout or atteignant ou dépassant ce seuil, certifié par une raffinerie agréée en Guinée. Dès lors que ce seuil s’applique, l’exportation d’or brut devient interdite sur l’ensemble du territoire national.

Le texte prévoit une période transitoire de 90 jours à compter de la date de publication. Durant cette phase, les exportations d’or brut restent exceptionnellement tolérées dans le cadre d’un régime déclaratif renforcé, à condition que les opérateurs soumettent un plan de mise en conformité au ministère des Mines. Les contrats déjà signés peuvent encore être exécutés, sous réserve d’une notification préalable aux autorités.

Le décret impose également aux détenteurs de titres miniers de privilégier l’approvisionnement des raffineries agréées établies en Guinée, dans la limite de leur capacité de traitement. Les transactions doivent être fondées sur les prix internationaux de référence, avec des délais de paiement n’excédant pas 30 jours ouvrables après livraison certifiée. Toutes les opérations de production, de collecte, de raffinage et d’exportation doivent être enregistrées, conformément à un cadre de traçabilité aligné sur les recommandations de l’OCDE relatives aux chaînes d’approvisionnement responsables. Les sanctions vont de la suspension ou du retrait des autorisations à la saisie des quantités d’or concernées.

Ce qu’il faut bien distinguer : l’annonce du 19 juin était une déclaration politique, assortie d’un avertissement aux opérateurs. Le décret du 3 juillet est l’instrument juridique qui la rend exécutoire, avec un calendrier, des définitions techniques et un régime de sanctions.

Lecture : cette réforme étend à l’or la même logique déjà appliquée à la bauxite. Le dispositif repose sur la Nimba Gold Refinery, en cours de construction à Gbessia, en périphérie de Conakry, qui doit devenir le point de traitement obligatoire de la production nationale, tant industrielle qu’artisanale. La Guinée a exporté environ 69,3 tonnes d’or en 2025, selon des données du World Gold Council citées dans des reportages, ce qui en fait la deuxième exportation minérale du pays après la bauxite. La production reste dominée par l’exploitation artisanale et semi-industrielle, aux côtés d’un principal opérateur industriel, la Société Aurifère de Guinée, filiale d’AngloGold Ashanti.

Point à surveiller : la capacité réelle de la Nimba Gold Refinery à absorber l’intégralité de la production nationale d’ici la fin de la période transitoire, début octobre, et la manière dont les dizaines de milliers de mineurs artisanaux seront intégrés dans une chaîne d’exportation désormais formalisée.