Le président Mamadi Doumbouya a signé vendredi 3 juillet deux ordonnances distinctes, toutes deux publiées le même jour au Journal officiel.
La première approuve la convention minière amendée et consolidée couvrant les gisements de bauxite de Boffa Nord et Boffa Sud, ainsi que la construction et l’exploitation d’une raffinerie d’alumine à Boffa. Le texte engage l’État guinéen auprès de plusieurs entités de Chalco : Chalco Hong Kong Limited, Chalco Guinea Company et Chalco Guinea Port. L’ordonnance inscrit dans le droit guinéen l’accord signé avec Chalco à la fin du mois de mai : un projet d’alumine de 1,2 million de tonnes par an, avec un investissement total estimé à 1,68 milliard de dollars, dont 1,12 milliard de dollars sont affectés aux infrastructures de raffinage. L’État guinéen détient une participation initiale de 5 %, avec une option de montée à 35 %.
La deuxième ordonnance porte sur deux accords de financement pour l’interconnexion électrique Guinée-Mali en 225 kV : un prêt additionnel du Fonds africain de développement d’un montant de 16,25 millions d’unités de compte, signé en février, et un don du guichet d’action climatique du même bailleur d’un montant de 4,875 millions d’unités de compte.
Ce que cela change : la raffinerie de Boffa devient le troisième projet d’alumine en Guinée, après la raffinerie de SPIC attendue en 2027 et la raffinerie de Winning Consortium Alumina Guinea prévue pour 2028. C’est aussi la première raffinerie de Chalco hors de Chine, et un test du modèle industriel du groupe à l’étranger, construit sur plus d’une décennie d’exploitation de la mine de bauxite de Boffa. Le fait de formaliser l’accord par ordonnance plutôt que par un accord commercial autonome l’ancre dans le droit guinéen et donne aux deux parties une base juridique plus solide.
Le volet énergétique répond à une logique distincte, celle de l’intégration électrique sous-régionale. Mais sa publication le même jour que la convention minière renvoie à un agenda plus large : sécuriser à la fois la transformation locale des ressources et les infrastructures électriques nécessaires pour la soutenir, dans un pays où l’accès à l’électricité reste inégal. Les données de la Banque mondiale situent l’accès à l’électricité en Guinée à 51,1 % de la population en 2023, contre 92,5 % dans les zones urbaines et seulement 25,7 % dans les zones rurales.
À surveiller : le calendrier réel de mise en œuvre de la raffinerie de Boffa, qui vient s’ajouter à un pipeline déjà chargé, ainsi que la capacité de la production électrique disponible à suivre le rythme des nouvelles capacités de transformation mises en service.