Moribadou : les employés de Chalieco suspendent le travail pour réclamer de meilleures conditions

Les employés de Chalieco, entreprise active à Moribadou, dans la préfecture de Beyla, ont cessé le travail ce lundi 6 juillet. Ils dénoncent des conditions jugées intenables et réclament une hausse des salaires, une catégorisation claire des postes et l’accès à des formations. Ils demandent aussi un traitement comparable à celui dont bénéficieraient les employés d’autres entreprises partenaires de Rio Tinto dans la même zone.

Selon le porte-parole des travailleurs, identifié comme M. Sacko, cette grève survient après plusieurs semaines de démarches restées sans réponse. Un préavis de grève avait été déposé fin mai, listant les mêmes revendications : hausse salariale, catégorisation des employés et organisation de formations. La direction n’y aurait pas répondu. Le mouvement perturbe l’activité sur le site. L’inspecteur régional du travail est désormais engagé auprès de la direction de Chalieco pour tenter de trouver une issue négociée.

Moribadou se trouve au pied du mont Simandou, dans la zone du projet minier phare de la Guinée. Le site a un passé social difficile. En juillet 2024, un différend distinct autour des pratiques de recrutement local à Moribadou avait dégénéré en affrontements violents, avec déploiement des forces de sécurité et des blessés signalés. Cet épisode impliquait d’autres acteurs et d’autres revendications. Mais il s’est joué au même endroit, et il illustre un schéma récurrent : la tension sociale se déclenche facilement dans une petite communauté qui absorbe une main-d’œuvre nombreuse et mélangée, adossée à un mégaprojet unique.

C’est un test de résistance pour la stratégie de contenu local de la Guinée. L’État a construit depuis deux ans toute une architecture de politiques autour de l’embauche locale, de la « guinéisation » et de la formation professionnelle adossées à Simandou 2040, dont un centre de formation en construction à Boké. Le différend chez Chalieco montre où cette architecture rencontre encore des frictions sur le terrain : non pas au niveau de la politique nationale, mais à l’intérieur des grilles salariales de chaque entreprise, qui peuvent varier d’une société à l’autre au sein d’un même périmètre de projet. Des travailleurs qui comparent leur rémunération à celle de leurs homologues d’entreprises liées à Rio Tinto, c’est exactement le type de comparaison qu’invite un paysage contractuel fragmenté.

Une résolution négociée, obtenue par la médiation de l’inspecteur du travail, réglerait ce différend par le canal institutionnel qu’il emprunte actuellement. Une négociation qui s’enlise porte un risque différent : elle laisse une ouverture au type d’escalade que Moribadou a déjà connu une fois. Dans un cas comme dans l’autre, cette affaire est un test grandeur nature pour savoir si les écarts de salaire et de statut entre entreprises d’un même projet peuvent être traités avant de se figer en grief.

À surveiller : si la médiation de l’inspecteur du travail débouche sur un accord signé dans les prochains jours, quelles concessions Chalieco accorde le cas échéant, et si des employés d’autres entreprises du secteur de Moribadou déposent des préavis similaires une fois l’issue de celui-ci connue.