Le 25 mars 2026, le Conseil d’administration du FMI a conclu la consultation au titre de l’Article IV 2026 pour le Cameroun. L’évaluation présente une économie résiliente mais sous-performante, en croissance de 3,3 % en 2026 après un ralentissement à 3,1 % en 2025 quand les troubles post-électoraux ont perturbé le commerce, les services et l’investissement en octobre et novembre. Les perspectives à moyen terme sont plus favorables : la croissance devrait dépasser 4 % à partir de 2028 et atteindre 4,6 % d’ici 2031, portée par l’atténuation des contraintes électriques et le début de la production minière à grande échelle. Le déficit budgétaire s’est élargi de 1,5 % du PIB en 2024 à environ 2 % en 2025, le solde primaire non pétrolier se détériorant à 2,6 % du PIB contre un objectif budgétaire de 1,4 %. Le budget 2026 cible un déficit de 1,7 % du PIB, conforme aux critères de convergence de la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale. L’analyse de soutenabilité de la dette continue de classer le Cameroun à risque élevé global de surendettement.
La tension entre le chiffre de croissance titre et la fragilité budgétaire sous-jacente est le coeur analytique. L’économie camerounaise est la plus grande de la zone CEMAC et la sixième d’Afrique subsaharienne. Elle a montré de la résilience face aux chocs externes successifs : la pandémie COVID, le pic des prix des matières premières de 2022, et le resserrement des conditions financières mondiales. Mais une croissance de 3,1 à 3,3 % dans une économie dont le taux de croissance démographique est d’environ 2,5 % se traduit par des gains de revenu par habitant à peine perceptibles. La caractérisation par le FMI de la croissance comme « en dessous du potentiel » reflète une sous-performance structurelle que l’Article IV identifie comme enracinée dans quatre contraintes : accès limité au financement pour le secteur privé, faiblesse de la planification et de l’exécution de l’investissement public, goulets d’étranglement électriques, et mobilisation insuffisante des revenus domestiques non pétroliers.
La dimension minière est l’endroit où l’Article IV se connecte directement aux thèmes de cette série. Le FMI identifie le début des exportations de bauxite à grande échelle comme élément central des perspectives de croissance à moyen terme. Le projet bauxitier de Minim-Martap dans la région de l’Adamaoua, exploité par Canyon Resources via sa filiale Camalco Cameroon, détient des réserves de minerai confirmées de 144 millions de tonnes à 51,2 % d’oxyde d’aluminium. Le projet est positionné comme un jeu de diversification structurelle pour une économie qui a historiquement dépendu du pétrole (production déclinante), du cacao, du bois et des services. Le minerai de fer, la bauxite et d’autres minerais représentent un basculement potentiel dans la composition de la base d’exportation et des revenus fiscaux du Cameroun. Le cadre de l’Article IV rend la connexion explicite : les projections de croissance à moyen terme au-dessus de 4 % sont contingentes à la matérialisation de la production minière dans les délais.
L’architecture budgétaire dans laquelle le Cameroun opère est le cadre de convergence CEMAC, l’équivalent centrafricain du système UEMOA documenté dans l’article de revue UEMOA de cette série. La CEMAC impose un plafond de déficit de 3 % et exige des États membres qu’ils convergent vers des objectifs budgétaires partagés. L’objectif de déficit de 1,7 % du budget 2026 signale la discipline budgétaire après le glissement électoral de 2025. Mais le FMI note que « certaines hypothèses budgétaires sont plutôt optimistes » et que « la mise en oeuvre du budget sera difficile. » La sous-performance des revenus non pétroliers documentée en 2025, combinée aux dérapages de dépenses courantes qui constituent un schéma récurrent, suggère que le chemin de consolidation budgétaire nécessite plus de capacité institutionnelle que le gouvernement n’en a historiquement démontré.
Les trois agendas budgétaires concurrents sont une caractéristique structurelle que l’analyse de Business in Cameroon a soulignée : le Cameroun sert simultanément les critères de convergence CEMAC, les recommandations de l’Article IV du FMI, et sa propre Stratégie nationale de développement (SND30), qui cible une croissance annuelle moyenne de 8 %. Le FMI projette 3,3 %. Le gouvernement cible 8 %. L’écart n’est pas un désaccord de prévision. Il reflète des hypothèses fondamentalement différentes sur ce que l’économie peut livrer, et les plans budgétaires construits sur l’objectif de 8 % allouent des dépenses à des niveaux que la base de revenus à 3,3 % ne peut pas supporter sans emprunt.
La dimension gestion de la dette est l’endroit où les préoccupations du Conseil du FMI sont les plus pointues. Les administrateurs ont souligné la nécessité de renforcer la gestion de la dette « étant donné le risque élevé de surendettement. » La recommandation est spécifique : prioriser le financement concessionnel de projets auprès des partenaires de développement plutôt que l’emprunt commercial coûteux. Le Cameroun s’est de plus en plus appuyé sur les marchés de dette domestiques et régionaux, où les coûts de financement sont plus élevés que les alternatives concessionnelles. Le FMI note des contraintes de liquidité sur le marché de la dette domestique CEMAC qui pourraient « intensifier les pressions. » Le nexus souverain-bancaire, la même vulnérabilité identifiée dans la revue UEMOA de cette série, s’applique en CEMAC : les banques détiennent du papier souverain significatif, et le stress budgétaire se transmet au secteur bancaire. Le FMI a appelé à « une vigilance continue dans le secteur financier face aux PNP élevés et au nexus souverain-bancaire » et a signalé des préoccupations concernant l’empreinte croissante de l’État dans le secteur bancaire.
La dimension liste grise du GAFI ajoute une pression de conformité qui affecte l’accès du Cameroun aux flux financiers internationaux. Les administrateurs du FMI ont appelé à « accélérer les réformes LBC/FT » comme « primordial pour que le Cameroun sorte de la liste grise du GAFI. » L’inscription sur la liste grise augmente les coûts de conformité pour les banques internationales transactant avec le Cameroun, relève les exigences de due diligence pour les investisseurs étrangers, et crée un signal réputationnel qui compose la classification de « risque élevé de surendettement. » Pour les entreprises minières évaluant un investissement dans Minim-Martap ou d’autres projets, l’inscription au GAFI ajoute une couche de conformité qui n’existe pas dans les juridictions concurrentes comme la Guinée, la Côte d’Ivoire ou le Ghana.
La contrainte électrique est le goulet d’étranglement opérationnel que le FMI identifie comme la limite contraignante de la croissance à court terme. L’infrastructure électrique du Cameroun, centrée sur les centrales hydroélectriques de Songloulou et Edéa complétées par de la production thermique, opère en deçà de la demande nationale. Le délestage affecte l’activité industrielle et commerciale. La projection de croissance du FMI dépassant 4 % à partir de 2028 est explicitement conditionnée à l’atténuation des contraintes électriques, une dépendance qui fait écho à la contrainte Eskom en Afrique du Sud, aux effondrements du réseau au Nigeria, et au déficit production-sans-transport en Guinée, tous documentés dans cette série. Que le secteur électrique camerounais livre les additions de capacité que la projection de croissance requiert est une question d’exécution infrastructurelle, pas une question de prévision économique.
Pour la série, le Cameroun comble un vide centrafricain. Les articles précédents se sont concentrés sur l’Afrique de l’Ouest (ceinture aurifère, zone UEMOA, États AES, Sénégal, Ghana, Nigeria), l’Afrique de l’Est (centres de données Kenya, mining Éthiopie), l’Afrique australe (mining/Eskom Afrique du Sud, GNL Mozambique) et la RDC (cuivre, cobalt, minéraux critiques). Le Cameroun, en tant que plus grande économie de la CEMAC, opère dans un cadre institutionnel différent (CEMAC vs UEMOA, BEAC vs BCEAO, franc CFA BEAC vs franc CFA BCEAO) mais fait face à des défis structurellement similaires : dépendance aux matières premières (pétrole en déclin, mining en ascension), discipline budgétaire sous pression de convergence régionale, risque de nexus souverain-bancaire, contraintes électriques limitant la croissance, et écart entre l’ambition du plan de développement et la capacité institutionnelle de livraison.
La question structurelle que l’Article IV pose est de savoir si le Cameroun peut exécuter la transition d’une économie pétrolière et agricole vers une économie minière et diversifiée dans les contraintes budgétaires que la classification de risque élevé de surendettement impose. Les réserves de bauxite sont prouvées. Le potentiel en minerai de fer existe. Les investissements électriques sont planifiés. L’objectif de convergence budgétaire est fixé. Mais chacun de ces éléments nécessite un déploiement de capital, une coordination institutionnelle et une capacité de mise en oeuvre à un niveau que le glissement budgétaire de 2025 suggère pas encore constamment disponible. Le programme FMI qui s’est conclu en juillet 2025 a obtenu des résultats partiels : certains benchmarks structurels ont été atteints, d’autres reportés, et la performance budgétaire était plus faible que lors des revues précédentes. Le ministre des Finances Louis Paul Motaze a publiquement demandé un nouveau programme FMI pour 2026-2029. Que les conditions de ce programme soient structurées pour soutenir la transition minière tout en maintenant la discipline budgétaire déterminera si la projection de croissance à moyen terme du Cameroun est une trajectoire crédible ou une base aspirationnelle que l’environnement institutionnel ne peut pas encore livrer.