Le premier Forum Zero Harm de Guinée : pourquoi la plateforme de gestion des risques CMG-NSIA signale une nouvelle phase de maturité du secteur minier

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Le 4 juin 2026, la Chambre des Mines de Guinée et le Groupe NSIA ont tenu la première édition du Forum Zero Harm au Radisson Blu Hotel de Conakry, sous le thème « Maîtriser les risques, accélérer la performance minière durable ». L’événement a réuni les principaux dirigeants des sociétés minières, des experts en ingénierie du risque, des assureurs, des établissements financiers et des représentants de l’administration publique.

Le forum a été présidé par le ministre des Mines et de la Géologie, Bouna Sylla, en présence du ministre du Travail et de la Fonction publique, François Bourouno. Son ambition n’est pas de rester un événement ponctuel. La plateforme est conçue pour devenir le rendez-vous annuel de référence de la Guinée sur la gestion des risques miniers.

De quoi parle réellement ce forum

Le concept Zero Harm est emprunté aux standards mondiaux de sécurité minière. Dans sa formulation originale, il désigne l’objectif de zéro décès, zéro blessure grave et zéro incident environnemental dans les opérations minières. Dans le contexte guinéen, la CMG et NSIA ont élargi la définition au risque financier, réglementaire et social, rendant le forum plus large qu’un simple événement de santé et sécurité au travail.

Selon le président du Conseil d’Administration de la Chambre des Mines de Guinée, le Zero Harm est un impératif opérationnel, une exigence éthique et la condition absolue de la licence sociale d’opérer des compagnies. Ce cadrage compte. Il positionne la sécurité et la gestion des risques non pas comme des coûts de conformité mais comme des prérequis au droit de continuer à opérer en Guinée. Dans un secteur où les litiges de renouvellement de licences ont défini les deux dernières années de la politique minière régionale, ce positionnement a du poids.

Le modèle du forum repose sur trois piliers : assurance et réassurance pour la structuration et le transfert des risques complexes ; banque à travers le financement des cycles d’investissement et d’exploitation ; et ingénierie et expertise à travers l’appui technique et les diagnostics de risques. Au-delà d’un simple forum, Zero Harm est conçu comme une plateforme pérenne de dialogue sectoriel, destinée à accompagner la montée en maturité du secteur minier guinéen.

Le modèle NSIA : finance et assurance comme architecture unifiée du risque

NSIA Banque Guinée a présenté lors du forum une approche intégrée : financer et assurer simultanément, pour aider les acteurs du secteur minier guinéen à maîtriser leurs risques et à accélérer leur performance durable. La conviction de la banque, articulée lors du panel consacré au financement de la chaîne de valeur minière, est que la sécurité et la performance d’une mine se financent et s’assurent. Une entreprise correctement financée est une entreprise qui peut investir dans des équipements conformes, dans la maintenance et dans la protection de ses équipes.

NSIA Banque Guinée met à disposition des acteurs du secteur et de leur chaîne de sous-traitance une gamme dédiée : financement du cycle d’exploitation et des sous-traitants, cautions de marché et une offre assurantielle complète. À fin avril 2026, les encours de crédits de la banque en faveur du secteur minier s’élèvent à 67 milliards de GNF.

Le modèle intégré mérite d’être lu comme un signal sur la direction que prennent les services financiers africains dans le secteur extractif. La séparation entre banque et assurance qui caractérise la plupart des relations financières avec les sociétés minières crée des lacunes dans la chaîne de couverture des risques. Quand un projet est sous-financé, les standards de sécurité se dégradent. Quand les standards se dégradent, les sinistres augmentent. Quand les sinistres augmentent, les coûts de financement s’élèvent. Le modèle NSIA est une tentative de briser cette boucle en traitant financement et couverture du risque comme une seule architecture plutôt que deux relations commerciales séparées.

Ce que cela signale pour la gouvernance minière de la Guinée

La DG de NSIA Assurances Guinée, Maïmouna Barry, a déclaré que les investissements structurants engagés dans le secteur minier ouvrent des perspectives exceptionnelles pour la Guinée, mais que ces opportunités exigent également un écosystème capable d’anticiper les défis, de renforcer sa résilience et de sécuriser durablement les investissements qui façonnent l’avenir de l’économie.

Le moment choisi pour le Forum Zero Harm n’est pas anodin. Il intervient alors que la Guinée navigue dans la phase opérationnelle de ses projets extractifs les plus ambitieux : le cadre Simandou 2040, l’expansion continue des exportations de bauxite, l’émergence de la production de lithium et l’arrivée d’une nouvelle génération d’opérateurs aurifères. Chacun de ces projets porte un profil de risque différent. Le corridor logistique de Simandou crée un risque d’infrastructure à grande échelle. L’intensité en main-d’oeuvre de la bauxite génère un risque de sécurité au travail. L’empreinte environnementale du lithium crée un risque réglementaire et communautaire. La coexistence artisanale et industrielle de l’or crée un risque de gouvernance.

Le forum s’ancre dans un contexte où la Guinée s’impose comme un pilier stratégique de la production minière mondiale, notamment sur la bauxite, mais également sur l’or, le fer et le lithium, ressources stratégiques qui attirent investisseurs et multinationales, et dont les défis de risques générés se complexifient : techniques, environnementaux, sociaux, financiers et réglementaires.

Pour les investisseurs dans le corridor extractif guinéen, le Forum Zero Harm signale quelque chose que les modèles financiers ne capturent pas facilement : l’émergence d’une infrastructure domestique de gestion des risques capable de tarifer, transférer et absorber les risques que le capital étranger prend. Un secteur minier avec des marchés d’assurance fonctionnels, des relations bancaires structurées et une association professionnelle capable de fixer des standards est un environnement d’investissement fondamentalement différent de celui qui en est dépourvu. La Guinée construit cet environnement, pièce par pièce, en public.