Guinea-Côte d’Ivoire, Forum BTP : comment Conakry tente de transformer l’héritage industriel de Simandou en pipeline de construction régional

Catégorie : Simandou

Le Forum économique sectoriel BTP Guinée-Côte d’Ivoire s’est tenu les 10 et 11 juin à Conakry. Deux jours de rencontres B2B, d’ateliers sectoriels et de séances plénières entre opérateurs guinéens et ivoiriens du bâtiment et des travaux publics. L’initiative vient du Groupement Ivoirien du BTP (GIBTP), dont le président Lamine Koné a conduit la délégation. Le signal est clair : Abidjan regarde le marché guinéen, et Conakry a besoin de ce que les entreprises ivoiriennes ont déjà construit.

Le contexte explique l’urgence. Le programme Simandou 2040, adopté formellement par le Conseil National de la Transition en mars 2026, fixe un objectif de 150 milliards de dollars de PIB d’ici 2040. Cela implique une transformation économique qui dépasse largement l’extraction minière : infrastructures, énergie, logistique, industrie. Le BTP est au centre de cette séquence. Aucune industrialisation sérieuse ne se construit sans routes, sans bâtiments, sans capacité de génie civil à l’échelle.

C’est là qu’intervient la question la plus concrète soulevée lors du forum. Le ministre des Infrastructures Facinet Sylla a signalé qu’une partie importante des engins mobilisés pour creuser les tunnels et poser les 650 kilomètres de voie ferrée de Simandou se trouve encore sur le territoire guinéen. Ces équipements pourraient repartir. La Guinée a une fenêtre pour les réorienter vers de nouveaux chantiers d’infrastructure nationale. La question posée aux acteurs du BTP présents : qui est capable de les mobiliser, et sous quelle structure ?

Le forum répond en partie à cette question. La présence d’entreprises ivoiriennes ayant participé aux grands programmes d’infrastructures en Côte d’Ivoire ces dernières années n’est pas anodine. Ces opérateurs ont l’expérience des grands chantiers, les certifications, les équipes. La Guinée a le capital de projets, les besoins, et potentiellement les engins. Le schéma de partenariat se dessine.

L’ambassadeur de Côte d’Ivoire en Guinée, Issifou Coulibaly, a rappelé que les échanges commerciaux bilatéraux ont progressé de 78% entre 2023 et 2024, avec des exportations ivoiriennes vers la Guinée dépassant 180 millions de dollars. La Côte d’Ivoire est aujourd’hui l’un des principaux fournisseurs de la Guinée dans l’espace CEDEAO. Le BTP s’inscrit dans cette dynamique, mais avec une logique différente : il ne s’agit plus seulement de flux commerciaux, mais de co-construction de capacités.

La Guinée a également été invitée à participer comme pays à l’honneur au Salon des Infrastructures d’Abidjan en septembre 2026. Ce signal diplomatique confirme que le forum de Conakry n’est pas un événement isolé. Il s’inscrit dans une séquence plus longue entre les deux pays autour du secteur des infrastructures.

Ce qu’il faut suivre : les contrats qui sortiront de ce forum, la capacité des entreprises guinéennes à absorber des transferts de compétences ivoiriens, et surtout la question des engins Simandou. Si la Guinée réussit à retenir ces équipements et à les intégrer dans une nouvelle vague de chantiers nationaux, le forum aura servi à quelque chose de concret. Si les engins repartent, l’occasion sera manquée.