Tandis que l’Africa CEO Forum ouvre ses portes à Kigali aujourd’hui, un autre rendez-vous majeur s’achève à quelques centaines de kilomètres de là. Le sommet Africa Forward, co-organisé par la France et le Kenya les 11 et 12 mai à Nairobi, a réuni des chefs d’État, des dirigeants d’entreprises, des entrepreneurs et des représentants de la société civile autour d’une question centrale : à quoi ressemble concrètement un partenariat Afrique-France réellement équilibré ?
La réponse, du moins en termes financiers, est significative. Le président Emmanuel Macron a annoncé que le sommet a permis de mobiliser 23 milliards d’euros d’investissements pour le continent africain, dont 14 milliards d’euros d’entreprises françaises et 9 milliards d’euros d’entrepreneurs et d’investisseurs africains investissant en Afrique. Ce dernier chiffre mérite attention. Du capital africain investissant en Afrique, à cette échelle et dans le cadre d’un forum Afrique-France : c’est une configuration qui n’avait pas encore eu lieu.
Un sommet d’un nouveau format
Le sommet est co-présidé par le président William Ruto du Kenya et le président Emmanuel Macron, et réunit des chefs d’État, l’Union africaine et plus d’une trentaine de grands dirigeants d’entreprises africaines et françaises. C’est le premier sommet de ce type organisé dans un pays anglophone africain, ce qui est en soi un signal : la relation France-Afrique n’est plus définie exclusivement par les liens francophones.
L’agenda a couvert le renforcement des systèmes de santé, la souveraineté alimentaire, la compétitivité numérique, l’accès à l’énergie et la connectivité. Des tables rondes ont porté sur l’énergie, la finance, l’agriculture, l’IA, l’économie bleue, la santé et l’industrialisation. Le Business Forum organisé à l’Université de Nairobi a réuni plus de 1 500 acteurs économiques, dans l’un des plus grands engagements privés Afrique-France jamais organisés sur le continent.
Ce qui était réellement sur la table
Au-delà des chiffres d’investissement, le sommet a mis en avant plusieurs priorités concrètes : les infrastructures numériques et les partenariats sur l’IA, avec un accent sur les modèles ouverts et le développement local des talents ; la production locale de vaccins et de médicaments ; des programmes agricoles ciblés sur la souveraineté alimentaire ; l’accès à l’énergie propre ; et une réforme de l’architecture financière internationale, que les dirigeants africains portent de manière constante depuis plusieurs années.
Le sommet doit se conclure par l’adoption de la Déclaration de Nairobi, qui pose un nouveau cadre de coopération Afrique-France centré sur la mise en oeuvre, la responsabilité et un impact mesurable. Ce dernier terme compte. Les déclarations sont faciles. Le vrai test, c’est de savoir si les engagements pris à Nairobi se traduisent en projets, en contrats et en résultats concrets dans les mois qui viennent.
Pourquoi cela dépasse le bilatéral
Le calendrier est délibéré. Les conclusions du sommet sont attendues pour alimenter les préparatifs du G7 que la France accueillera à Évian du 15 au 17 juin 2026. Nairobi n’est pas seulement un moment bilatéral. C’est un exercice de positionnement avant une table plus grande.
Pour les gouvernements et les investisseurs africains, la question est connue : ce sommet sera-t-il retenu pour ce qui a été signé, ou pour ce qui a été construit ? Les 9 milliards d’euros d’investissements d’origine africaine laissent penser que quelque chose est peut-être en train de changer. Si les structures mises en place à Nairobi sont suffisamment solides pour soutenir ce changement, c’est ce que les douze prochains mois permettront de mesurer.