Nigeria : la CBN plafonne à 10% les participations étrangères des banques, Access Holdings ajuste

La Banque Centrale du Nigeria a ordonné aux banques commerciales de ramener leurs participations en capital dans des filiales étrangères à 10% de leurs fonds propres dans un délai de douze mois. Access Holdings, l’un des plus grands groupes bancaires d’Afrique subsaharienne, a été parmi les premiers à annoncer publiquement son plan de mise en conformité le 6 mai 2026.

Cette directive s’inscrit dans la continuité du « Cardoso reset », terme utilisé par les observateurs du secteur bancaire nigérian pour désigner la série de mesures prudentielles engagées sous le gouverneur actuel de la CBN, Olayemi Cardoso. Depuis sa nomination, Cardoso a recentré la politique monétaire et bancaire sur la stabilité des bilans et la réduction des risques systémiques.

La mesure a une logique prudentielle claire. Plusieurs grandes banques nigérianes ont significativement élargi leurs empreintes étrangères ces dernières années, en Afrique anglophone notamment. Cette expansion a parfois été financée par des mécanismes qui mobilisaient le bilan local pour soutenir des actifs étrangers. La CBN veut réduire cette interdépendance.

Pourquoi ce signal compte pour l’architecture bancaire régionale ? Parce qu’une réduction forcée des participations étrangères implique soit des cessions, soit des recapitalisations. Dans les deux cas, des actifs bancaires vont changer de main dans plusieurs marchés d’Afrique subsaharienne. C’est une recomposition potentielle du paysage bancaire régional.

Pour Access Holdings spécifiquement, le groupe opère dans plus d’une douzaine de pays africains. La définition précise de ce qui entre dans le périmètre des « participations étrangères » au sens de la directive est déterminante pour calibrer l’ampleur de l’ajustement. Le groupe a indiqué qu’il examinerait ses options dans le délai imparti.

Ce mouvement de la CBN se lit aussi dans un contexte plus large. Plusieurs grandes économies africaines resserrent leur contrôle sur les flux de capitaux bancaires. Ce n’est pas une tendance propre au Nigeria. C’est un mouvement de fond dans la régulation financière du continent, accéléré par les pressions sur les réserves de change et les bilans souverains.

Ce qui s’ouvre comme question structurelle, c’est celle de la recomposition de l’espace bancaire en Afrique de l’Ouest. Si les groupes nigérians réduisent leurs empreintes, qui comble le vide ? Des acteurs régionaux comme Ecobank, des groupes marocains, ou des entités locales renforcées ? La réponse déterminera la géographie du financement bancaire en Afrique de l’Ouest pour la prochaine décennie.